Le devoir

D’aussi loin que je m’en souvienne devoir faire quoique ce soit m’est une corvée sans nom. Cela n’a guère changé à plus de 60 ans et parfois je rêve de voir arriver une ou un qui monterait sur l’estrade et au lieu de nous bassiner avec des mots creux , prendrait un peu de temps pour nous expliquer le vrai sens du mot « devoir ».

Je ne pense pas être le seul à me méfier des devoirs, à de rares exceptions près nous rechignons tous plus ou moins lorsque nous devons faire face à ce que l’on a coutume de nommer des obligations.

Depuis l’école on nous oblige à considérer l’aspect inéluctable du devoir sans pour autant nous décrire jamais sa véritable raison d’être.

Nous apprenons de façon empirique que sortir les poubelles est obligatoire si on ne veut pas vivre dans une puanteur ponctuée de mouches. Nous apprenons à rouler à la vitesse prescrite quand on se prend une ou deux fois le flash d’un radar en pleine poire. Nous n’apprenons toujours jamais mieux que par la douleur et la peur d’être attrapés. Cela provient d’après les plus grands experts en matière de ciboulot de la partie « reptilienne » de notre cerveau. Et aussi de tout cet amas d’expériences que charrie l’inconscient collectif sur l’arrivée imminente du danger qui déclenche l’adrénaline, cette sensation « vraie » d’exister qui rend lègeres les guiboles lorsqu’on les prend à son cou vis à vis de tous les devoirs.

J’imagine la nécessité du petit coup de gniole pour s’extirper de la tranchée et partir à 20 ans à peine sur le champ de bataille.

J’ai pratiqué autrefois le café calva de la même façon pour affronter les journées de travail en usine, toute déférence gardée envers les poilus c’était une autre forme de lâcheté par laquelle j’étais tenu. Car j’aurais pu mieux faire que ça avec les études que m’ont offert mes parents, mes professeurs, toute une société de l’époque en fait misant sur l’avenir que je représentais en partie.

Peut-être que les jeunes de 20 ans à l’époque de 14-18 étaient ils plus conscients du mot devoir ? Je ne le sais pas, peut-être étaient ils plus perméables à une notion d’idéal que nous ne le serons plus jamais désormais. Le fait est qu’il faudra attendre Louis Ferdinand Céline en ce qui me concerne pour que je me dise que certains n’étaient pas aussi naifs qu’on le pense, que parmi eux certains avaient tout compris de l’utilisation frauduleuse du mot « devoir » comme d’ailleurs de bien d’autres mots que l’on ne cesse de nous asséner pour que ça rentre comme on dit

Oui j’imagine une personnalité politique qui monterait sur l’estrade, qui tapoterait légèrement le micro pour être certain d’être entendu et qui commencerait ainsi

On nous parle de devoir depuis tellement longtemps que j’ai eut l’idée d’aller regarder dans un dictionnaire ce que cela voulait bien pouvoir dire

Car le problème le plus fréquent c’est que tout le monde aujourd’hui parle de droit, réclame son dû et néglige à chaque fois qu’il le peut ses devoirs.

Pourquoi négliger le devoir si ce n’est en raison de vieilles définitions qui ne parlent plus à personne.

Nous devons tout pourtant à chaque instant et en prendre conscience provoque deux choses simultanées qui s’opposent comme toujours.

Le poids de toute cette générosité offre à la fois une joie, un immense soulagement lorsqu’on en prend vraiment conscience et dans un deuxième temps on ne sait rien faire du tout de cette générosité. On ne sait pas la transformer. On est bête face à celle ci.

Comment rendre à l’air que nous respirons tous ce que nous lui devons autrement qu’en échange carbonique ?

Comment rendre à l’eau cette satisfaction fabuleuse d’étancher la soif ?

Comme rendre à la vie tout ce que nous lui devons

A nos ancêtres qui ont fait que nous puissions toujours être là ?

La liste est si longue de tout ce à quoi à qui on doit que je ne pourrais jamais être exhaustif.

Ensuite comme je le disais supporter cette générosité fait mal, devient insupportable si on n’en fait rien du tout.

Cela ne nécessite pas de devenir tous des génies, des artistes, de grands hommes ou de grandes femmes non , cela c’est de l’emphase.

Cela nécessite de ne pas juger surtout ceux qui ont oublié ce que dissimule le mot devoir et les aider selon nos propres ressources à leur rappeler de préférence doucement sans exigence, sans coup, sans amende. Modifier le sens du mot devoir n’est pas une vaine chose si on s’y prend bien, j’imagine même que cela pourrait totalement changer le visage de ce monde.

Aujourd’hui j’écoute et observe les chefs d’état du monde entier et je n’en vois pas qui ne se serve de la menace, de la peur pour imposer leur vision du devoir.

Il y en a tout de même un qui se détache du lot, et il se détache parce qu’il a une vision, il propose un idéal pour son pays qui entraîne la population à endurer pour « une bonne raison » les vicissitudes. Bien sur nous le décrions vu d’ici en Europe, bien sur il a également des opposants dans son pays même. Mais il me semble que c’est tout de même un bon début de voir quelqu’un qui a réfléchit sur ce qu’il doit à son pays et ce que doit son pays à son passé. Ce n’est pas une sinécure mais c’est une tentative qui pour le moment semble couronnée d’un certain succès. Je ne le nommerais pas c’est juste un exemple que je propose à nos politiques de tout acabit ici en France qui nous parlent de devoir avec des mots creux, avec la même langue morne et ennuyeuse tellement qu’on ne les écoute même plus.

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