Clowns et chamans

Dans cette formidable époque dans laquelle on classe à la rapidité de l’éclair les choses comme étant bonnes ou mauvaises, belles ou moches, vraies ou fausses drôles ou tristes à la façon du langage binaire des ordinateurs où nous épuisons une grande part de notre énergie, je cherche encore des nuances entre 0 et 1 comme d’habitude.

C’est tout à fait fortuitement que soudain je me suis mis à penser aux chamans de Mongolie, puis à ceux du Mexique et à quelques uns encore de Papouasie, ou de Bornéo quand tout à coup je me suis souvenu d’un texte lu il y a bien longtemps dans une bibliothèque dont j’ai oublié le nom, comme d’ailleurs le nom de l’auteur et le titre du bouquin.

Dans mon souvenir je revois encore de somptueux costumes rituels propices à effectuer les pires clowneries devant la populace ébahie autour du feu.

Tous les clowns ne sont pas chamans mais il est quasi certains que tous les chamans connaissent parfaitement le fonctionnement de la clownerie. Lorsqu’ils sont à cours de mots, lorsqu’ils se souviennent de l’indigence neuronale de leurs congénères en matière de mystère et de grâce, hop ils enfilent le costume ad hoc et arrivent en courant, sautant et finalement s’étalent en plein milieu de la place du village. Cela déclenche généralement un bon gros rire libérateur dans l’assemblée signe de détente et à ce moment là sur l’étroit canal du grotesque le sage sait faire passer le message sans parfois dire une seule parole sinon un « aie » ou un « ouille ».

Comme ce serait plaisant de rire de bon cœur ainsi aux allocutions présidentielles et en même temps de recevoir l’essentiel des messages importants que le grand manitou désirerait faire passer via sa marionnette présidente.

Hélas la notion de clown triste ou clown tueur à désormais pris le pas sur la clownerie sacrée et c’est bien dommage, la marionnette se prend pour importante et son emphase comme son petit coté cabotin grillent les caractères invisibles de la belle lettre non moins invisible envoyée par les profondeurs intersidérales de l’univers.

Evidemment on peut en rire, mais ce n’est pas un rire de bon cœur, c’est un rire forcé, douloureux et qui déclenche aussi surement la grimace que de croquer dans des cornichons trop acides.

D’autant qu’ensuite le second degré ne soit pas réservé à tout le monde, et même le troisième et tous les autres nous sommes pour la plupart condamnés à subir des rituels de ce type via le petit écran interposé encore pendant deux années.

Qui sait ce qui se passera ensuite et si on osera rire même de façon étouffée … j’ai bien peur que pour approuver ou désapprouver la qualité des prochains spectacles le rot ou le pet ne redeviennent à la mode. Mais après tout puisque ce qui compte de nos jours c’est s’exprimer absolument même et surtout si on n’a rien à dire ça nous changera un peu, en espérant que d’ici la ils n’inventent pas la télé olfactive.

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