Fiction ou réalité

Où se situe vraiment la frontière entre la fiction et la réalité ? C’est à nouveau cette question qui préoccupe Tom à chaque fois qu’il se souvient de ses rêves de la nuit, c’est à dire tous les matins.

A 10 ans il a déjà effectué au moins 3 fois le tour du monde, voyagé dans l’espace intersidéral jusqu’à de lointaines galaxies, vu un tas de filles de tout ages et corpulences à poil, et avalé une quantité industrielle de Bigmac son menu préféré au restaurant de l’angle de la rue. Toutes ces choses impossibles dans la vraie vie.

Dans la vraie vie Tom est comme cet albatros dont parle le poète, un petit gros qui finit toujours bon dernier lorsqu’il faut courir comme des crétins autour du stade ou encore qui devient tout rouge lorsque Isabelle,la fille du marchand de journaux le regarde d’une façon un peu trop soutenue.

Cette vraie vie ressemble plutôt à un cauchemar et sitôt qu’il en a l’occasion Tom préfère replonger même en pleine journée. C’est d’une simplicité formidable. Il lui suffit de penser qu’il zappe sur une télécommande imaginaire, les yeux mi clos et hop le voici qui chevauche un magnifique cheval baie, ou un dragon, ou encore le manche à balai de la vieille Louise, qui récure les chiottes de l’école et dont il connait parfaitement les talents de magicienne.

Louise et Tom sont devenus amis au fil des jours parce qu’il fait attention lorsqu’elle passe la serpillière de marcher sur le bord des murs et non en plein milieu.

-Toi au moins tu respectes le travail des autres lui avait t’elle dit en souriant et elle lui avait ébouriffé les cheveux ce qui avait bien plu à Tom comme aussi de sentir le contact de ses gros nichons contre sa joue lorsqu’elle l’avait serré tout contre lui. Elle l’avait serré presque à l’empêcher de respirer et il aurait été assez d’accord de mourir comme ça, mais c’était l’heure du goûter et il fallait se battre pour être dans les premiers sinon il ne resterait plus rien.

Il s’était dégagé, ils s’étaient souri et elle, Louise avait cligné d’un œil comme le font les bons amis. Ils s’étaient séparé comme ça la première fois, et depuis semaine après semaine, depuis des mois c’était leur petit rituel.

La nuit Tom voyait Louise arriver exactement comme dans la vraie vie, elle était encore plus belle et moins âgée et elle lui montrait ses gros nichons en souriant dans les chiottes de l’école. Quand il voyait surgir ces énormes trucs il était pris de vertiges, et aussitôt qu’il tendait la main pour tenter de les toucher il était happé par une force inconnue qui l’extirpait du rêve et le ramenait dans son lit, dans sa chambre, dans la nuit.

Dans ses rêves nul doute que Louise est une sacrée magicienne pour être capable à chaque fois de le reconduire vers son lit sitôt qu’il veut toucher ses nichons. Aussi quand il la voit lui aussi cligne de l’œil pour lui indiquer qu’il sait et qu’il conservera ce secret là aussi. Elle lui ébouriffe les cheveux le serre contre sa formidable poitrine encore une fois et désormais elle ajoute une petite tape sur le derrière à la conclusion de leur petit entretien juste avant le goûter.

C’est un soir de juin et l’air est d’une douceur infinie. Le repas du soir se termine et Tom aide sa mère à débarrasser la table. Le père est sur le canapé et vient tout juste d’allumer la télé. On peut entendre la fin du journal télévisé et le speaker vante les qualités formidables du film qui va suivre réalisé par un génie du cinéma italien : Frédérico Fellini. Tom entre au salon et va s’asseoir sur un fauteuil pendant que le générique de début commence.

C’est à ce moment là que la mère entre dans la pièce elle aussi avec dans les mains une chemise du père. C’est quoi ces tâches de rouge à lèvre sur ton col ? dit elle . Tom glisse un regard en biais vers son père qui a l’air gêné et énervé d’un seul coup. La dispute commence comme elle a toujours l’habitude de commencer. Le père dit tu es cinglé, la mère dit mais quel salaud et pendant un bon moment ils vont s’insulter et se courir après dans l’appartement.

D’ailleurs ça y est le père s’est levé du canapé en disant ce n’est pas possible de vivre avec une folle comme toi et ils s’éloignent du salon au moment où le film commence. Les voix de ses parents peu à peu sont assourdies et il entend la porte de leur grande chambre se refermer parce que quelqu’un la claque violemment.

C’est au moment le plus intéressant du film lorsque cette énorme femme commence à dégrafer son corsage et attire la tête d’un jeune homme violemment vers sa poitrine qu’il n’aperçoit pas encore juste à cet instant la mère qui resurgit dans la pièce.

Elle est décoiffée, en peignoir et ses yeux sont bizarres comme si elle avait pleuré.

Oh Tom il est l’heure d’aller au lit va te coucher et bim elle éteint le poste de télévision et la lumière.

Tom est au fond de son lit, il tente de se concentrer quelques instants sur « le merveilleux voyage de Nils Olgerson » mais au moment de décoller avec le vieux jars il revoit la scène fabuleuse se reproduire dans sa mémoire et celle ci se mélange avec des bribes de réalités où il sent Louise, l’énorme poitrine de Louise dans laquelle il engloutit son visage. Il tente de conserver ces deux images le plus consciemment qu’il peut en se disant qu’il va les retrouver dans son sommeil et il s’endort.

C’est le lendemain matin que Tom s’aperçoit qu’il a perdu son don. Il s’est réveillé avec un goût de cendres dans la bouche et n’a absolument aucun souvenir de ses rêves de la nuit. Par les volets entrouverts il aperçoit une lumière blême et la pluie qui tambourine sur le toit de taule du hangar attenant à la maison. En se levant il s’aperçoit que ses draps sont mouillés, comme si quelque chose de très précieux était sorti de lui durant la nuit qu’il ne pourra jamais plus retrouver. Puis la honte arrive à pas de loup et l’envahit . Ensuite il rejoint la cuisine, où tout le monde est là pour prendre le petit déjeuner et c’est le début d’une longue série de journées mornes.

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