Après quelle réussite cours tu ?

Faut-il un plan, une stratégie pour réussir c’est-à-dire une préparation afin de mettre le maximum de billes pour atteindre un objectif quelconque ? Sinon quelle est la différence entre la réussite, le hasard et la chance, la malchance ?

Réussir quelque chose nécessite de pouvoir mesurer cette réussite, d’établir des comparatifs depuis une origine jusqu’à un point particulier d’un parcours, voir la fin de celui-ci.

Il ne suffirait pas seulement de trouver une issue mais en plus il faudrait qu’elle soit bonne et qu’est-ce qu’une bonne ou une mauvaise issue si la seule chose qui compte est de trouver la sortie ?

Et pourquoi vouloir trouver la sortie ? Pourquoi soudain vouloir être hors de soi , admiré, célébré, reconnu par des gens que l’on ne connait pas pour la plupart ?

Quelle est donc cette volonté de s’extraire de quelque chose que nous appelons « réussir » et qui souvent se trouve associée à une idée de reconnaissance.

Il se peut alors que la reconnaissance offre une nouvelle clef à cette affaire de réussir. Être reconnu par sa réussite ? Mais au fait qui donc réussit qui donc est reconnu ?

Est-ce vraiment soi ou bien une sorte de personnage que nous créons pour nous extirper du commun, pour nous placer en exergue et qui nous échappe à partir du moment où le public s’en empare?

Dans le cas d’un artiste qu’est ce qui est vraiment important, est-ce le peintre, le sculpteur , l’écrivain en tant qu’homme ou bien leurs œuvres ?

Comment se fait-il désormais que l’œuvre seule ne suffise plus et que notre curiosité inlassablement nous pousse à accumuler des informations sur la personne dont elle est issue ?

Il n’en a pas toujours été ainsi, je crois même que la plus grande partie de l’histoire de l’humanité se déroule sous couvert d’anonymat en ce qui concerne la création artistique.

A part un petit groupe d’initiés de même corporation ,  le grand public ne sait pas qui a construit les temples, les pyramides, les cathédrales, toutes ces fresques admirables que l’on trouve à Pompéi, à Cnossos. Ceux là ces inconnus ont fait leurs œuvres et puis sont repartis en s’effaçant totalement de la mémoire des foules.

En savons-nous vraiment plus sur les célébrités de l’art d’aujourd’hui, sur leur être véritable ? où bien nous attachons nous à rabâcher sur eux ce que l’on a bien voulu inventer comme personnages pour les associer à l’œuvre. Lorsque je me souviens de livres écris par certains membres de la famille de Picasso par exemple je peux mesurer encore un autre écart ; Celui qui s’établit entre l’artiste et ses proches, n’inventent-ils pas eux aussi en grande partie un personnage au travers de leurs griefs personnels, de leurs blessures et leurs rancœurs ? Parlent-ils du peintre vraiment ou bien d’eux-mêmes face à celui -ci.

C’est sans doute aussi pour cette raison qu’il existe désormais autant de biographies, puisque à chaque fois que l’on désire raconter la vie d’un homme ou d’une femme célèbre c’est en raison d’une volonté d’identification de la part des auteurs mais aussi d’une demande publique, ce que l’on appelle le marché.

Évidemment le modèle est une chose nécessaire depuis toujours puisque le mimétisme de primate nous sert d’apprentissage. Si jadis on relatait les récits de bataille de glorieux héros désormais les artistes ou les scientifiques de renom voire les as du marketing sont les nouveaux modèles au travers desquels le narcissisme de la société se mire.

Imiter quelqu’un qui a réussit est-il suffisant pour réussir soi-même ?

Si le petit primate observe le grand pour savoir comment obtenir un fruit tout en haut d’un arbre quel est son but ? c’est d’apprendre à se nourrir seul apparemment.

 En imitant son congénère il répond ainsi à un besoin primaire et les critères de sa propre réussite sont basés sur la bonne façon de grimper à l’arbre et d’en redescendre sans se casser la figure avec le fruit convoité.

De même lorsqu’il aura soif il observera encore ses proches pour les imiter afin de l’étancher à la mare, la source, la rivière la plus proche.

Les premières étapes de la réussite dans ce cas sont purement physiologiques c’est selon la pyramide de Maslow la satisfaction de ces premiers besoins qui nous permettra d’envisager d’en créer d’autres plus complexes comme le besoin de sécurité et de protection, puis des besoins sociaux qui nous inciteront à vouloir nous intégrer dans un groupe, être aimé et aimé, être « reconnu » comme semblable. Le fait que cette reconnaissance ne soit pas donnée d’emblée et qu’il faille la gagner impacte certainement l’ambition que l’on puisse devenir « meilleur » que ses semblables. C’est pourquoi beaucoup de personnes admirables sont surtout admirées pour leurs capacités de résilience face à la difficulté. Sans doute parce que cette résilience met en relief les qualités admises par le plus grand nombre qui permettent d’atteindre la fameuse « réussite ».

Y t’il la moindre gloire pour un rejeton d’une grande famille bourgeoise à reprendre l’entreprise familiale ?  Y a-t-il la moindre admiration pour un prince qui récupère le royaume construit par ses pairs dont il hérite sans le moindre effort tout simplement parce que c’est une passation issue de droit divin ?

Non, ce que nous admirons, ceux à qui nous avons naturellement l’envie de ressembler, d’imiter ce sont toujours les protagonistes d’une histoire tragique qui, à force de pugnacité, d’endurance, d’intelligence, voire de roublardise, parviennent à vaincre l’adversité et à se positionner en tant que héros.

Aujourd’hui la consécration de ces héros des temps modernes ou plutôt la validation de leurs hauts faits passe par le petit écran. Dans une émission de la chaine M6 je suis tombé sur une émission qui réunissait des personnes reconnues pour avoir « réussi » dans le monde des affaires et qui recevaient de jeunes créateurs d’entreprise.

Ces jeunes exposaient leurs projets afin de trouver des fonds où un capital d’expériences que les premiers pouvaient investir s’ils étaient inspirés par leurs argumentaires.

Passionnant d’écouter Marc Simoncini par exemple, le fondateur de Meetic lorsqu’il s’exprime sur ces projets et de comprendre ce qui le fait « kiffer » ou pas.

Quelques jours plus tard j’ai trouvé une interview de celui-ci qui racontait sa vie et comment il était devenu ce chef d’entreprise respecté de tous désormais.

Ce qui m’a frappé dans cette interview c’était l’orientation quasi systématique des questions de l’interviewer sur les périodes difficiles qu’avait traversées Marc Simoncini dans son périple vers la réussite. Ainsi par une simple interview diffusée sur Youtube j’ai pu constater encore une fois les valeurs sur lesquelles il est convenu de s’appuyer pour réussir dans le monde des affaires.

Une de ces valeurs cette fois était l’intuition.

Avoir de l’intuition pour dénicher une bonne affaire, ou bien savoir attendre pour vendre à un meilleur prix son entreprise demande à la fois d’avoir traversé une somme d’expériences importantes, des échecs pour résumer la plupart du temps et des nerfs.

Ce n’est pas un hasard que l’intuition soit désormais une valeur prônée ouvertement par les chefs d’entreprise. A mon avis elle a toujours existée mais pour des raisons liées à une ambiance rationaliste elle était tenue sous le manteau par un petit groupe de personnes qui lorsqu’ils en parlaient le faisaient de manière entendue, comme une sorte de mystère allant de soi.

Désormais avec la mode du développement personnel et des postures décomplexées de tout acabit il n’est pas rare d’entendre parler d’intuition. Hors je crois que c’est Marc Simoncini qui nous en donne la définition la plus compréhensible et la plus « rationnelle » si je puis dire.

On ne peut avoir de l’intuition qu’au terme d’une longue série de processus analytiques. Cela ne veut pas dire qu’on se contente d’encaisser les coups, les défaites, les échecs, encore faut-il se pencher sur eux pour comprendre leur raison d’être. Ainsi une réussite dont on ne parle guère est celle qui permet de se dégager du sentiment d’échec, de la culpabilité, bref de l’émotion pour mieux comprendre des processus qui ne fonctionnent pas.

« Errare humanum est, perseverare diabolicum » 

L’erreur est humaine persévérer est diabolique

On attribue cette locution au philosophe Sénèque mais il est bien possible qu’elle existe depuis bien plus longtemps.

Tant que l’on se situe dans l’émotion face à un échec on ne peut pas s’en sortir, on ne trouve pas l’issue, on ne réussit pas.

Il faut alors prendre du recul, analyser les choses tout en « travaillant sur soi-même » afin de ne pas les reproduire de la même façon.

Cette longue série de tentatives et de ratages s’appelle l’apprentissage.

On peut pénétrer dans ce processus par l’imitation de processus inventés par des tiers sans pour cela obtenir une réussite vraiment.

En peinture il est d’usage d’apprendre les bases du dessin académique pour peindre un paysage, un visage, ou une nature morte si l’on veut se lancer dans le figuratif. Les critères de ce que l’on appelle réussite sont surtout basés sur des valeurs de ressemblance, de fidélité à un modèle, d’obéissance.

Ensuite une fois que l’on a acquis ces bases, que l’on a déjà accumulé une longue série d’échecs et quelques vraies réussites à l’aune de ces critères on peut penser à s’extraire de l’imitation du modèle pour trouver sa propre écriture, créer ses propres tableaux. C’est un processus long et fastidieux qui décourage plus d’un peintre débutant.

Ce découragement provient d’une confusion dans la tête de l’élève et qui existe avant même qu’il ait franchi le seuil de l’atelier.

Il veut être arrivé avant d’être parti.

C’est-à-dire qu’il voit déjà des tableaux fabuleux peints par lui-même accrochés à ses propres murs. C’est du pur fantasme. Et bien sûr dès qu’il se met vraiment au travail l’écart est immense entre ce qu’il a fantasmé et ce qu’il obtient vraiment.

En peinture comme dans tout il existe ce principe de réalité qui provoque selon les individus une prise de conscience.

Ensuite il y a deux façons d’analyser cette prise de conscience entre rêve et réalité.

Soit on l’accepte et on se remet en question, on ajuste le tir et on recommence

Soit-on ne l’accepte pas, on préfère le monde du rêve dont l’apparence est plus confortable d’autant qu’on ne tente jamais rien pour s’en dissuader. Et on passe à une foule d’autres choses en espérant qu’un jour la chance, le hasard nous apporte la fameuse réalisation de nos rêves.

Le monde asiatique n’a pas subi l’inflation de l’individualisme comme le monde occidental. L’imitation reste encore une valeur essentielle pour les jeunes apprentis peintres. La notion d’urgence à obtenir un résultat n’est pas la même non plus qu’en occident.

Il faut parfois des années pour maîtriser le dépôt d’un trait à l’encre de chine. Cela a l’air complétement fou vue par notre lorgnette car nous ne nous attachons qu’au visible, à la preuve, au trait lui-même. Cependant un trait à l’encre, un simple trait implique bien plus de choses qu’on ne l’imagine justement car nous l’imaginons.

Réaliser un trait avec tout le corps, le cœur, le cerveau sans y penser voilà ce que recherche le peintre lettré chinois depuis bien avant la renaissance italienne. Il ne cherche pas à briller à mettre son égo en valeur, mais au contraire à s’effacer à rejoindre une origine celle d’où provient tout mouvement.

Un simple trait au début est un simple trait, puis n’en est plus un, et à la fin redevient un simple trait.

Mais quel parcours avant d’en arriver là seuls ceux qui l’on vécu pourraient l’exprimer … par un trait tout simplement.

En revanche qui en regardant ce trait en ressentira toute la beauté, l’Energie, la beauté, le silence ?  Peu de personnes parviendront à poser des mots sur un tel trait, ce n’est pas l’important et je suis même pratiquement certain que de ce trait irradie une Energie telle, un silence si profond et riche qu’il est capable de toucher tous les cœurs sans même que les cervelles s’en rendent compte.

Le peintre qui peint ainsi que peut-il lui arriver ? Quel sens le mot réussite peut-il avoir pour lui ?

Sans doute ses critères de réussite sont ils forts éloignés des nôtres.

Une crise profonde liée au concept de réussite ?

Si la réussite n’est plus désormais qu’une réussite « sociale » imposée de façon permanente pas de petits groupes d’hommes d’affaire, d’artistes de renommée internationale, de chanteurs à succès, de Youtubeurs roulant en Lamborghini, que faire alors de tous ceux qui n’ont pas atteint ce barreau particulier de l’échelle ?

Sommes-nous tous, ceux qui sont dispersés tout au long de cette fameuse échelle sociale des losers pour autant ?

Tout le monde n’est pas ambitieux, tout le monde ne se réveille pas un matin avec l’envie pressante de créer un consortium, ni d’écrire un roman à succès, ni d’avoir envie de se voir exposé sur la place publique.

Le concept de réussite varie pour chacun en fonction des objectifs de vie que l’on se fixe. Plus ils sont hauts et déraisonnables plus ce sera sans doute difficile et la victoire plus intense. C’est sans doute pour cela que l’idée de réussite attire aussi bien plus les jeunes que les vieux.

Je me revois encore une fois à Porto sur les quais du Douro. Je regarde les embarcations de pécheurs accoster avec leurs butin frétillant et argenté dans le couchant par très loin du pont construit par Eiffel. Leurs mines sont graves ou enjouées, il y a là de vieux marins et des plus jeunes et je repense à la période flamboyante de ce pays, le Portugal, à toutes ces caravelles voguant vers le large et le Nouveau Monde à découvrir. Tous ces espoirs, ces plans, cette obsession pour certain de réussir et puis ce dépit aussi , tous les déceptions obligatoires provenant toujours de ce contraste entre le fantasme et la réalité

Les voici désormais ces conquistadors déposant leur poisson dans des paniers d’osier. Je ne sais quelle émotion formidable me touche au plus profond lorsque je vois à quel point ils savent être là où ils se tiennent dans une tranquillité que je n’ai guère vue dans d’autres pays traversés.

Revenir du plus lointain des  rêves et toucher encore une fois  la terre ferme avec le butin que l’on a trouvé quel que soit celui-ci,  dans une sorte de sérénité intemporelle, n’est ce pas aussi cela la réussite ?

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