Le rôle de l’observateur

En tant que sentinelle, Jérémy s’estimait suffisamment heureux pour n’envier personne. Depuis le haut des remparts qui barraient le vaste désert son rôle était de surveiller l’arrivée des hordes hypothétiques désireuses de piller le fort.

Durant de longs jours sous un soleil de plomb il était resté là avec pour seul abri l’ombre étroite d’un muret et son chapeau à larges bords. Cela faisait tellement longtemps qu’il se tenait là à guetter s’exerçant à ne ciller qu’une à deux fois par minute pour s’occuper l’esprit lorsque soudain il aperçut quelque chose à l’horizon.

C’était donc cela la horde tant attendue ?

Une petite troupe composée de femmes, d’enfants et d’hommes au sommet d’une dune là bas au loin.

Il écarquilla encore un peu plus grand les yeux pour tenter d’apercevoir des armes mais il ne détecta rien d’autre que le poids de la fatigue que tous ces gens portaient sur le dos. Ils avançaient péniblement dans l’air brouillé et durant un instant il cru en la possibilité d’un mirage. Aussi il plaça ses deux mains en porte voix pour héler son alter égo à l’angle voisin du rempart, sensé lui aussi repérer l’ennemi.

tu vois ce que je vois ? cria t’il

L’autre fit la même chose avec ses mains et il le vit qu’il se levait pour donner plus de force à sa voix

Ils arrivent ce sont eux il faut alerter le capitaine vite !

Jérémy eut un instant d’hésitation et plissa les yeux pour regarder à nouveau à l’horizon. Prit d’un doute sur la véracité de sa vision, peut-être s’était il trompé, ce qu’il avait prit pour cette petite troupe inoffensive était elle une armée redoutable ?

Mais non ils les voyaient désormais s’approcher de plus en plus presque à détecter l’expression de leurs visages.

Le premier coup de feu toucha l’une des femmes en plein front et il vit les hommes lever les bras en s’agitant comme des fous, au bout de ceux ci il ne voyait toujours pas le moindre fusil.

Celui qui avait tiré était un jeune homme un peu niais engagé depuis peu dont l’ambition en revanche était connue pour être démesurée.

A peine l’alerte avait elle été donnée qu’il s’était emparé de son arme et avait pointé sa cible puis tiré.

Le fait ne fit pas trop de bruit, on le garda secret aussi longtemps qu’on le put et le jeune homme bien sur fut renvoyé du fort, muté vers on ne sait quelle nouvelle mission et on n’entendit plus jamais parler de lui.

La fin de cette histoire désastreuse pourrait s’achever ainsi si des années plus tard on n’avait pas trouvé par hasard un charnier où reposaient les corps d’une dizaine d’hommes femmes et enfants. Le journaliste qui m’a raconté cette histoire n’a évidemment jamais pu publier son papier car la dictature du pays lui aurait fait chèrement payer cette dénonciation indirecte de l’incroyable bêtise des soldats occupants ce fortin.

Le plus effroyable fut conservé pour la fin comme toujours et si le souvenir m’en est resté comme une marque indélébile c’est que d’après ce journaliste encore, parmi les cadavres se trouvait le corps d’un jeune soldat encore coiffé d’un chapeau à larges bords appartenant probablement à la garnison.

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