Échauffement

Ce matin il tombe des tombereaux de flotte et le bénéfice immédiat est cette baisse de température aussi soudaine que bienvenue.

Normalement je devrais me mettre au boulot avec un certain soulagement. Ces derniers jours la chaleur était telle qu’elle semblait coller les neurones de mes intestins et de ma cervelle.

Mon dépit d’avoir perdu en mobilité intellectuelle comme physique m’avait plongé dans un état proche de la catatonie .

Comme d’habitude je tentais de trouver une raison à tout cela comme étant le pendant exact à ces journées hyperactives que j’avais pu traverser sans encombre les semaines précédentes.

La conviction fermement ancrée en moi que « tout se paie », même si au premier abord elle ne se justifie par aucune théorie scientifique, trouve un écho de justesse à l’appui de mes nombreuses expériences en matière de production en peinture et en écriture et du change rendu en retour par ces longues journées de procrastination que j’affronte assez stoïquement sans trop de remord comme un tribu nécessaire à payer à « Monsieur ou Madame Muse ».

J’aurais pu pondre un texte merdique sur les effets de la dilatation et de la contraction de l’imagination, liés aux phénomènes climatiques, mais je manque encore de cette dose d’opportunisme nécessaire pour tirer partie de n’importe quelle situation et ainsi extraire comme d’une mine de coke mes 2000 mots quotidiens.

C’est que l’émotion et l’état d’âme me jouent encore des tours ou bien quelqu’un ou quelque chose m’aura lancé un sort. C’est ce que je me dis. Et bien que la seconde solution ne me paraisse pas plausible, je la conserve néanmoins. Comme disait Marc Aurèle il y a les choses sur lesquelles on peut agir et puis il y a toutes les autres qui n’obligent nullement à se prendre la tête pour y réfléchir.

Le facteur santé, « énergétique » pour employer un mot à la mode est à prendre en compte aussi quand on se donne des objectifs. Ecrire 2000 mots chaque matin lorsqu’on est en forme, n’a pas grand chose à voir avec ces moments où on a l’impression de sortir du programme d’ essorage d’une machine à laver. Pourtant la vraie victoire est bien là , dans l’acceptation des circonstances quelles qu’elles soient sans se poser plus de question, lorsque c’est l’heure, il faut s’y mettre et c’est tout.

La baisse de tonus pourrait-être le prétexte idéal, l’excuse évidente pour ne pas faire grand chose. Il en résulte des journées désolantes qui s’achèvent la plupart du temps en déroute totale devant le poste de télévision à visionner des séries que l’on a déjà regardé des dizaines de fois. On les regarde parce qu’elles créent autour de nous l’illusion d’un cocon de sécurité et de protection sur le plan sonore à mon avis, une ambiance propice à l’assoupissement comme au retour à la position fœtale . Pourtant cet endormissement plus ou moins décidé n’apporte pas de bienfait, aucune amélioration.

Lorsqu’on se réveille en pleine nuit devant l’écran blanc le sentiment de défaite est magistral.

C’est d’ailleurs souvent à partir de cette défaite que je me rends à la cuisine pour me faire un café bien fort et, tout en le regardant couler je tente d’ouvrir mon esprit le plus possible pour accueillir la moindre bribe d’idée, la plus petite situation qui me permettra ensuite d’aller m’installer à ma table de travail afin de tenter de recoller les morceaux de ma dignité perdue.

Dans le fond ces 2000 mots quotidiens ne sont-ils pas comme une tentative perpétuelle de retrouver l’estime de soi, perdue au champs de bataille des milles et une compromissions, trahisons de ces journées ?

Je jurerais que la vérité n’est pas très éloignée de ça.

En tous cas une résistance à l’entropie générale passe par cette nécessité d’écrire ou de peindre. Je n’ai pas à me prendre la tête plus là dessus en me souvenant de Marc Aurèle à nouveau je devrais juste la boucler sur les tenants et les aboutissants que probablement je ne serais jamais vraiment en mesure d’expliquer. Où plutôt comme je le fais souvent, peut-être un peu trop, je ponds des textes qui tentent de cerner un mystère qui n’intéresse à priori personne, pas même moi dans le fond des choses.

C’est ce qui s’appelle « tourner autour du pot « . Une sorte d’échauffement les jours où on ne sent pas au mieux de sa forme, on essaie de démarrer une vieille bagnole en tirant sur le starter. Le danger évidemment c’est de finir par noyer le moteur et d’attendre ensuite la bonne volonté du dieu des pistons et des bielles. Cela peut venir au bout d’une heure, parfois d’une journée. Parfois ça ne vient pas du tout, et c’est encore une autre histoire.

Et comme d’habitude dans ces cas là je préfère nettement m’en remettre à la fatalité, à la magie plutôt que d’appeler un garagiste ou un médecin.

2 commentaires sur “Échauffement

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