On est tous des fachos

Oh oui Bill- c’est tout à fait ce que je crois ce matin. On est tous des fachos à notre niveau plus ou moins consciemment, plus ou moins dangereux c’est vrai mais personne ne peut échapper à ça. Chacun prêche pour sa putain de chapelle et tu ne peux rien faire contre ça.

Il recommanda un nouveau demi et fit signe au garçon de m’en remettre un par la même occasion. On était au 5ème ou 6ème verre et il n’était pas encore 10h du mat. J’aurais bien mangé quelques chips mais je n’avais plus un rond depuis des semaines c’était toujours Joe qui régalait. Mais son truc c’était le liquide pas vraiment le solide. Quand on a le ventre vide un seul verre de bière suffit pour arriver dans les nuages. Sauf qu’on pisse plus rapidement voilà tout.

Je repensais à ce qu’il venait de dire devant l’urinoir et j’étais d’accord sans vraiment analyser le pourquoi. On était tous des fachos et moi le premier bien entendu, sous couvert de vouloir être libre, devenir un grand écrivain, j’avais plutôt la dent dure contre un tas de trucs. Le genre de rigidité insolite dont on ne se rend pas compte tout de suite bien sur. La rigidité c’est un truc pour s’appuyer quand tout se barre en couille dans la vie, et ma vie se barrait en couille depuis un bon moment.

Depuis que je m’étais tiré du magnifique appartement d’Ingrid et de la vie de patachon que j’y menais, au bout d’un certain nombre de fausses notes l’oreille s’aiguise et on cherche un peu plus la justesse.

J’allais à volo avant Ingrid , et j’y revenais désormais , ce n’avait été qu’un interlude de quelques mois , un espoir qui désormais apparaissait risible que je puisse changer quoique ce soit à mon insignifiance grâce à l’affection qu’on me portait et que je tentais de rendre maladroitement comme toujours.

Un gars entra dans les toilettes et se plaça à l’urinoir à ma droite j’entendis la puissance de son jet et je me dis que ce gars là ne devait pas s’embarrasser de sentiments à la con dans la vie. Il pissait dru vigoureusement, sans gène aucune. Il n’appuya même pas sur le bouton pour rincer la porcelaine, ni ne se lava les mains. Il avait pissé comme on boit un coup quand on a soif sans plus de prise de tête.

A un moment j’aurais presque été jaloux, que devait être la vie sans réfléchir tout le temps ? je n’en savais pratiquement rien du tout à part quelques brefs instants sporadiques après l’amour et bien sur toutes les premières fois.

Les premières fois me procuraient la sensation de vivre mais au moment de voir se pointer la répétition je fuyais toujours. J’ai bien sur tenter de lutter de nombreuses fois, mais au bout du compte je me suis dit que j’étais fêlé depuis le début quelqu’un ou quelque chose m’avait cogné trop fort et il n’y avait pas de pièce à y remettre. C’était mes cartes et je devais faire avec.

En rejoignant le bar je vis que Bill avait fini son verre et qu’un nouveau m’attendait. Les bulles dansaient dans l’ambre de façon apparemment aléatoire et pendant quelques minutes je restais fasciné tout en écoutant Bill qui continuait de plus belle à déblatérer sur l’économie, la politique et bien sur les femmes. C’était un début de journée comme les autres et je me dis que c’était sans doute le moment que je déménage encore plus loin, quitter cette banlieue sinistre où j’avais échoué et revenir à Paris que je ne cessais de réinventer dans mon imagination comme on réinvente les femmes que l’on aime.

illustration Zoran Music

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