Je marche seul

C’est au mois de juin 1985, que cette chanson parvient sur les ondes. J’ai 25 ans et je suis encore tiraillé de tous les côtés par les doutes quand à ma soi disant vocation d’écrivain. Mais je m’accroche.

J’ai lâché tout ce qui m’apparaissait encombrant. La famille, la petite amie, l’idée de faire une carrière quelconque dans quoique ce soit d’autre que l’écriture. Je vis dans une chambre d’hôtel et je vis de petits boulots qui ne me mangent pas trop de temps dans la journée.

Et bien sur je marche énormément dans les rues de la ville. C’est la seule solution que j’ai trouvée instinctivement pour être encore dans le mouvement général de la vie.

Je marche durant des heures parfois sans adresser la parole à personne durant des jours.

Je n’ai jamais été un « fan » de JJG. L’engouement des foules me l’a fait mettre au ban automatiquement. Tout ce qui sort du poste de radio est plus ou moins suspect mais c’est à peu près le seul lien avec la marche que j’entretiens avec le monde.

Et puis ça tombe bien je marche seul moi aussi.

Il y a quelque chose qui se met en place doucement, une vitesse de croisière, une habitude pour contrecarrer d’autre habitudes. Une autonomie oui, et une émancipation aussi de tous les jougs que je trimbale depuis des années.

Quelque chose est dans l’air du temps et m’imbibe. Cela fait 4 ans que Mitterrand vient d’être élu, et une bouffée d’air frais semble envahir les rues de Paris. La fête de la musique vient d’être crée 3 ans plus tôt au mois de juin également… les gens semblent encore espérer tout un tas de choses. Et moi aussi surement. J’ai encore toute la vie devant moi, de l’espoir, et je marche de long en large dans ma chambre d’hôtel et dans les rues pour trouver les mots, pour dénouer ces nœuds tellement serrés. Mais j’ai enfin un but pour quelques temps auquel m’accrocher dans la solitude que j’expérimente et qui peu à peu devient quelque chose d’essentiel.

Je marche seul en entendant « je marche seul » car je ne peux pas dire que j’écoute vraiment.

Ce qui fait déjà deux si on compte bien, et dans les rues si je regarde bien les choses-et c’est ce que je désire le plus- les regarder en face , je n’ai surement pas assez de doigts au mains et aux pieds pour compter tout ceux qui font la même chose.

Tous marchent seuls.

C’était l’air du temps et chacun de nous était quelqu’un d’extraordinaire rappelez vous, la gauche était au pouvoir et on ne savait pas encore vraiment que les gens qui portaient nos couleurs était des escrocs tous comme les précédents, que l’on s’était encore fait baiser correctement avec le sourire et en chanson cette fois. Çà nous changeait un peu. Le programme commun dans le fond c’était de marcher seul et de se débrouiller comme on le pouvait dans l’illusion totale.

Georges Marchais se heurtait à Elkabach dans les foyers et faisait rire, c’était le spectacle d’un homme qui marchait seul pour les autres également, un clown magistral pour lequel j’éprouve encore beaucoup de tendresse parce qu’il semblait incarner encore une certaine idée de justice à mes yeux à cette époque, le seul sans doute.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :