Importance des impasses.

Tandis que la plupart des aoûtiens s’apprêtent à affronter des kilomètres de bouchons dans un sens, alors que dans l’autre les juillettistes rentrent au bercail, je me pose la question encore une fois de l’importance des chemins de traverse, des bonnes et mauvaises pistes et comme toujours quand il y a trop de choix je vois se dresser une jolie impasse.

Qu’à cela ne tienne, voyons voir ce que l’impasse aurait à m’apprendre encore que je ne sache pas déjà. Il est possible qu’il faille me rabâcher de nombreuses fois les choses et que je me les rabâches moi aussi avant de tomber sur cette minuscule anomalie, cette singularité qui, tout à coup transforme les citrouilles en carrosse, les paillassons en tapis volant.

A nouveau je reprends la masse d’informations que j’ai recueillies ces derniers jours sur mon ami Thierry Lambert et sur sa modification de trajectoire. Celle ci m’intéresse car il me semble qu’elle ressemble à ce que vivent bon nombre d’artistes et pas des moindre. Je ne peux m’empêcher de penser à Picasso qui s’écarte de la peinture dite classique pour s’engouffrer dans le cubisme ( grâce en bonne partie à Georges Braque soyons juste) .

A une moment donné de la vie d’un artiste rien ne va plus et il faut alors miser tout le tapis sur un choix que l’on effectue. Et si tenir surtout un certain temps.

Qu’est ce que l’égarement en peinture ? si ce n’est justement cette impasse devant laquelle on se tient impuissant, lavé d’illusion, accablé, ruiné. Il me semble qu’on la redoute autant qu’on la désire.

Comme on le dit la nécessité de toucher le fond n’offre alors que la possibilité de remonter si l’on veut vivre. Si l’on veut encore avoir le désir de vivre et de créer surtout.

Ce désir de créer cependant se modifie en touchant le fond, il me semble qu’il n’est plus porté par les mêmes vecteurs : la gloire, la réussite, le pouvoir, disons l’égocentrisme ou le narcissisme de base pour tout artiste.

Une transmutation du vil au noble s’opère tout au fond des entrailles de l’impasse.

Chauffé à blanc l’être libère sa lumière, sans qu’il ne puisse plus désormais l’affubler de qualificatifs ni même imaginer en tirer partie.

L’être et la lumière ne font plus qu’un et c’est de cet alliage nouveau que l’oeuvre alors peut naître, chaque pièce est une affirmation nouvelle autour d’un axe inébranlable.

Encore faut il comprendre cette notion d’axe, son caractère essentiel. Le sacrifice qu’il faut accepter, un auto sacrifice avant de capter sa présence.

Une obligation de revenir à l’enfance, c’est cela le sacrifice en quelque sorte.

Revenir à l’enfance en empruntant une seconde peau, une mutation de naïveté si je puis dire.

Il y a la naiveté naturelle et puis il y a la naïveté décidée. Cette seconde ne cesse de remettre son propriétaire sur le bon chemin, le sien. Elle ne cesse de lui murmurer de ne pas regarder à gauche ou à droite en haut ou en bas.

Elle lui dit simplement fais ce que tu dois faire sans peur, sans espoir, sans te préoccuper du quand dira t’on. Elle dit sois là dans le présent de ton dessin, de ta peinture comme un enfant à ses jeux.

Vue de l’extérieur cela peut sembler puéril, égoïste, débile, inepte pour beaucoup. Mais beaucoup ne sont pas des artistes ils sont soumis à la loi du siècle qui est de suivre le troupeau.

L’artiste est dans une certaine mesure hors du siècle et du temps. Le moment où il crée est à la fois ici et là partout et nulle part.

Lorsque j’ai vu le lieu de travail de Thierry Lambert je n’ai pas été étonné qu’il ait choisi sa table de cuisine pour peindre.

S’embarrasser du moins de choses possible est aussi la résultante du contact des impasses.

Au bout de l’impasse ne sommes nous pas obligé de lâcher du lest ? de devenir plus léger, en apesanteur s’il le faut afin de s’élever pour enjamber les murs que nous avons nous mêmes construits.

Car évidemment l’impasse est en nous mêmes elle ne pourrait se situer ailleurs. Etre aux aguets de nos impasses c’est en même temps les inventer que les dépasser c’est je crois un pouvoir d’artiste, de créateur en général.

C’est donner à la vie une urbanité neuve dont elle se réjouit toujours. D’ailleurs mon ami Thierry Lambert est très urbain si on ne l’emmerde pas, si on ne se fout pas de sa gueule, il n’est pas différent de chacun de nous.

Sauf que lorsqu’il accorde sa confiance et son amitié il n’est pas comme la plupart d’entre nous qui considère cela souvent comme quantité négligeable, j’allais dire piétinable.

Lorsqu’il me raconte ses échecs, ses déceptions, ses dégoûts et il y en a forcément beaucoup en 30 ans de carrière il ne s’attarde pas longtemps. Il est traversé par une colère enfantine que je trouve admirable, saine, sans compromis, sans atténuation ni nuance.

Il faut avoir ce courage là n’en doutez pas, ne pas rester comme un idiot à vouloir ménager chevre et choux.

Il faut choisir, décider, affirmer une bonne fois pour toute qui l’on est et ce que l’on veut.

Pour cela il faut avant tout s’enfoncer dans une belle impasse. J’en ai connu de nombreuses également notamment une, l’impasse du Labrador dont le nom m’a toujours fait rêvé, à Paris dans le 15 ème. Si un jour tu lis ces lignes Lara reçois encore une fois toute ma gratitude. Mais je m’égare encore une nouvelle fois, sans doute en tournant autour de cette idée d’impasse. Etre dans l’impasse au sujet des impasses c’est tout moi.

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