Le coup du bonheur

Elle voulait que je l’aime de toutes mes forces, elle était tout à fait prête à tout pour que ça arrive. Sauf qu’il ne fallait absolument pas la déranger, ni déranger les choses en général. A cette époque, aux alentours de la trentaine, j’étais un éléphant dans un magasin de porcelaine ni plus ni moins. Je le suis d’ailleurs toujours rien n’a vraiment changé- peut-on changer sa nature ?

Oui déjà à cette époque j’avais pris de l’assurance par rapport à mon mutisme enfantin. J’avais relevé les manches et je ne cessais de tout remettre en question. En éveil permanent sur le moindre changement de luminosité du ciel, l’inquiétude me chevauchait comme une divinité Yoruba.

Oh je n’étais pas si différent d’elle. Moi aussi je voulais aimer et être aimé. Je m’en faisais un monde certainement, « le meilleur des mondes », comme » le pays où l’on n’arrive jamais », celui que l’on repousse toujours au loin parce que l’on sent bien qu’il se situe dans nos rêves , nos fantasmes et qu’on ne pourra jamais l’atteindre, qu’on ne doit pas l’atteindre. Parce que l’atteindre rendrait toute la douleur caduque incessamment et que l’on se trouverait dépourvu d’axe, à volo soudain, une loque.

Rester tendu comme une érection.

Résister Dieu sait à qui à quoi , mais résister pour résister.

S’entraîner à la résistance pour ne plus se faire enfiler perpétuellement, cela a commencé depuis toujours autant que je peux me souvenir des trempes, des insultes et de mon immense décalage permanent avec le dit de tout le monde autour.

Le mensonge deviendra un refuge bien sur. C’est très mal de mentir. Je préférais mille fois être dans le très mal que dans ce faux bien que l’on m’assénait sans relâche. Toute la fausseté du monde je la connais comme ma poche.

Et ceux qui, la gueule enfarinée se permettent …. la vérité s’il te plait ?

Quelle vérité salaud ! celle que tu fabriques comme moi j’aiguise moi mes mensonges ?

Je ne voulais pas être un enfant « sage » je ne serais pas non plus a « good boy » un gentil, un brave garçon.

Que de guerres, que de désolations, que d’amputations. Le spectre des guerres, cette résonance qui perdure encore durant les 30 glorieuses je ne l’ai jamais quitté des yeux. Je les ai tous vu revenir de la grande et de la drôle de guerre, la Corée, l’Algérie, les hommes que j’ai connus enfant.

En silence ils m’ont tout dit. Il suffisait de se pencher sur leur regard et de se laisser happé par celui ci pour atteindre les profondeurs inimaginables mais que je ne pouvais pas ignorer.

Les rescapés de l’effroi et de l’horreur. Ils n’étaient plus qu’à vif, écorchés ils voulaient aussi un certain bonheur, celui qui leur ferait oublier. Je comprenais.

Jamais je n’ai accepté ce retour de veste cette lâcheté. Le bonheur c’est ce silence cette omerta qu’il s’était inventé pour ne plus penser à à la sale version d’eux mêmes et du monde.

Et elle voulait que je l’aime de toutes mes forces que je disparaisse complètement en elle dans sa bouche, entre ses lèvres goulues ou entre ses cuisses blanche et roses , qu’elle resserrait si fort dans l’extase autour de mes reins, autour de ma nuque bon Dieu.

Même du tréfonds de son anus dilaté qui m’accueillait comme le calice offert à l’assoiffé, ça me va comme un gant … offerte à l’amour comme elle disait …. je me sentais happé, au bord de lâcher l’essentiel sans toutefois accepter de le lâcher.

Peine à jouir.

Réticent à jouir plutôt comme réticent à chialer sous les coups, résistant.

Une vraie tête de pioche que je suis encore- peut-on jamais vraiment changer ?

On résume, on affine, on atteint l’âme de sa nature mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on change foncièrement.

Je ne mens plus de la même manière, j’écris désormais ou bien je peins, je fabrique des histoires. je me raconte des histoires surtout à moi-même.

Atteindre à l’essentiel par la fiction voilà.

En tournant malheureusement comme un derviche autour du pot, peut-être dans cet espoir d’aimer et d’être aimé un jour, non plus par quelqu’un, non ça je n’y crois plus du tout, j’ai accepté que ce n’était pas pour moi.

Non aimé par l’amour serait bien plus chouette, toléré par l’amour, le bel amour le tendre amour le magnifique amour.

Il doit bien exister quelque part puisque tout le monde ne cesse de me tarabuster les oreilles avec.

Foutaises. Don Quichotte de la Mancha.

Le coup du bonheur c’était donc cela une sorte d’acceptation de se retrouver annihilé totalement, sans plus rien déranger , sans qu’aucun mouvement « ne déplace les lignes »

Sans faire de vague.

Ça ne m’allait pas désolé. Je n’étais pas prêt à cela. Je n’y croyais pas, cela aurait représenté une lâcheté à l’époque. Un renoncement à tout ce que j’étais, à tout ce que je suis.

Ce juif errant.

A lonesome poor cowboy qui remonte sur son cheval une fois le climax atteint et qui file vers le couchant en même temps que se déroule le générique du film.

Comment supporter le pire, ces particules d’aluminium qui lentement nous apportent les cancers et nous dérobent le bleu des cieux à coté de personnes qui ferment les yeux et se languissent qu’on leur raconte une belle histoire ?

Comment supporter tout ça sans parfois avoir cette tentation de céder à la facilité, à s’enfouir dans les rêves pour oublier le cauchemar ?

Peut-être en écrivant ces lignes chaque matin encore et encore.

Peut-être pas

Coup d’épée dans l’eau.

Mais j’aurais essayé au moins.

2 commentaires sur “Le coup du bonheur

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