Le dit de Merlin

L’enchanteur et son air triste je le revois encore tandis qu’il s’avance sur le chemin qui mène à cette maison. Ma maison. Je peux constater aussi l’étonnante métamorphose , la maîtrise consommée de chacun des muscles de son visage pour transformer le sérieux en jovialité.

Je le surprends si facilement à opérer ce petit relooquage facial que je suis persuadé que ça fait partie de ses nombreux trucs.

Tu as fait le café gamin ?

Il coule Merlin.

Alors il s’assoit comme un vieux fatigué d’avoir porté trop longtemps le poids de son corps et on reste là silencieux quelques instants .

Je devrais pas me dit il soudain comme chaque fois et il me pique un clope en souriant. Le briquet qu’il bat, le grésillement du goudron et du tabac , le tic tac de l’horloge familiale pas loin dans la cuisine et évidemment le soupir du réservoir d’eau de la cafetière. Tout cela fait partie du décor habituel.

On garde le silence ensemble comme un paquet cadeau. Deux gosses contenant l’impatience. Lui plus facilement que moi de toute evidence

Cela fait longtemps que je ne lui pose plus de question. A chaque fois il me répond par une autre.

Mais aujourd’hui c’est différent.

Tu es calme aujourd’hui mon gars il dit.

Je hoche la tête.

Tu es presque à la fin c’est bien me dit il encore

A la fin de quoi est un petit nuage au dessus de nos têtes, la fumée des cigarettes sans doute.

Demain tu maîtriseras la magie mieux encore que moi continue t’il.

Je me lève pour aller chercher le pot de café et nous servir.

Pas de sucre me dit il

Il n’y a plus de sucrier dans ma maison et ce vieux salaud le sait pertinemment.

Lorsqu’il se lève on dirait un jeune homme pataud, il disparaît au bout du chemin je jurerais qu’il ne touche même pas le sol.

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