Ouverture et croyance

Ce qui provoque l’ouverture est peut être seulement la croyance en un enfermement.

Lorsque je me souviens de l’épaisseur de l’ennui que je portais en moi adolescent dans la campagne bourbonnaise,cette impression d’enfermement et comme elle me stimule pour marcher durant des journées sur les chemins, les sentiers. Sans autre but que le mouvement pour contrer la fixité.

Il me semble que l’ennui de moi même rejaillissait sur la campagne plus que l’inverse.

Comme disait grand-mère je ne savais pas quoi faire de ma peau. le manque de confiance en ma propre réalité était encore vierge de tout refuge. J’affrontais mon ennui comme un guerrier apache c’est à dire qu’il n’était pas rare alors de sangloter devant un arbre en fleur ou la terre retournée, touché par les sillons qu’avaient laissé sur elle la charrue des paysans.

Je ne cherchais pas encore à posséder d’armure ni de carapace. Je souffrais de plein fouet d’un rien ou d’un tout. Page blanche sur laquelle s’entre mêlaient toutes les possibilités du palimpseste.

Et puis un jour la luminosité du monde s’est modifiée, l’air du matin dans sa pureté de rosée, dans la tendreté du vert des herbes, un jour je les ai oubliés. Le dialogue s’interrompit.

L’ennui qui avait été mon meilleur tuteur pour me tenir face au monde s’est évaporé.

Une fille, puis une autre puis encore d’autres et je l’ai trahi ce vieil ennui comme un aïeul qu’on ne visite plus, qu’on a déjà sans en être conscient mis en terre. N’est ce pas normal comme on dit ?

Pourtant lorsque tous mes plans foireux s’effondraient, lorsque l’amour soudain m’ayant vidé, m’avait rendu idiot comme à souhait, je le voyais ressurgir pas si vieux que ça, bien au contraire, un ennui neuf comme revigoré par mes errances dans les images.

Alors on retrouvait une sorte de chez nous dans un coin de verdure,au fond d’un bistrot, on s’enfonçait doucement dans une sorte de plainte sourde qu’on nommait lucidité, parce qu’on était tombé sur Kirkegard Shopenhauer où je ne sais plus quel fâcheux.

J’ai une sorte de propension qui me conduit à toujours déposer une apparence d’île grecque sur le moindre terrain vague triste.

Un échappatoire.

D’autres appelleraient cela un don

Mon père lui, disait que c’était une malédiction banale, bref une faiblesse et j’ai toujours accepté par simple amour filial cette version.

Jusqu’à tard dans ma vie. Cette fidélité d’apparence stupide n’est peut être rien d’autre que le fil tenu qui me relie toujours à une idée vague de famille , d’héritage, de tradition.

Une tradition humaniste qui se sera réduite à une peau de chagrin au cours du temps.

Et pourtant du fond de l’ennui jamais je n’ai été aussi près du langage commun. Jamais les mots n’auraient pu avoir ce pouvoir de transformer les hurlements en complainte, à exploser les parois minérales de la gravité en babillement de nouveau né…

L’ouverture d’esprit et de cœur, ce qu’on appelle tolérance et qui corrode le cœur tout en trempant l’âme je n’aurais jamais pu l’approcher comme une proie sans la croyance en une unicité une singularité. une solitude que je me suis construite pas à pas.

Le genre de truc dont se fiche le monde entier, le ridicule achevé, pour la plupart des femmes notamment qui, quoiqu’on en dise quoiqu’on en pense rêvent toujours plus ou moins de chasseurs de mammouth juste pour être peinarde à réinventer le monde, le créer du fin fond de leurs grottes.

Ouverture et fermeture, je vois une moule claquée en train de disparaître dans la vapeur acide d’une nouvelle construction, d’une nouvelle illusion que je ne peux plus appeler lucidité.

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