Vraisemblable et bienséance

Mon cher ami, il y a quelques règles essentielles que tu sembles ignorer encore à ton age en ce qui concerne le vraisemblable et la bienséance et qui appartiennent à l’élaboration de cette pièce de théâtre que vous nommez la vie !

C’est ainsi que Ra ce manifeste ce matin après être resté silencieux durant de longs jours.

Donner au spectateur l’impression de vérité est la première règle quant à la seconde elle consiste à s’abstenir de choquer qui que ce soit, notamment en utilisant un langage soigné et en ne montrant que des sentiments nobles !

Puis il resta silencieux quelques instants, et j’en profitais pour réfléchir à cette histoire de règles soi disant essentielles pour la confection de toute histoire destinée à être lue par un public aussi vaste possible.

Quelque chose cependant m’agaçait. J’avais l’impression d’être une vache dans un couloir que je ratais moi-même systématiquement pour le seul plaisir de ne pas me conformer aux règles, à la tradition, à vouloir être à tout prix « original ».

Cette résistance vient de ton karma souffla Ra en pénétrant mon soliloque. Tout ce qui s’oppose à l’harmonie ne vient d’ailleurs que de celui-ci, tous les obstacles c’est toi-même qui te les a crées au fur et à mesure de tes allées et venues dans la matière.

C’est donc une punition ? et à cette pensée ma colère se mit à monter d’un cran supplémentaire. Ainsi donc il n’y aurait qu’une sorte de « droit chemin » que nous devrions tous emprunter aussi étroit que le chas d’une aiguille sinon nous serions condamné à revenir sans relâche pour ajuster notre tir ad vitam eternam ! Cela me semblait aussi injuste qu’insupportable.

Cela demande de catégoriser ce que l’on appelle le bien et le mal, trancher entre ces deux notions d’une façon que j’ai toujours considérée comme artificielle, cela signifie aussi que nous n’avons pas de libre arbitre.

Nous sommes donc des pantins pensais je alors et il me sembla entendre tout au fond de moi le rire de Ra. Un rire doux apaisant comme celui d’un vieillard dépourvu d’acrimonie et de ressentiment. Un joli rire qui, tel le gong d’un maître zen m’extirpa définitivement de ma torpeur matinale.

Pour comprendre observe l’eau me souffla t’il à nouveau.

L’eau se conforme à la règle du terrain elle ne cherche pas à le contrer de plein fouet, elle se forme et déforme ainsi sans y penser à tous les reliefs et continue inexorablement son chemin vers la mer, l’océan.

Nous savions cela parfaitement autrefois avant de vouloir exploiter notre avidité et notre soif de domination sur les êtres et les choses. Notre pensée était comme cette eau capable d’épouser toutes les fréquences, toutes les vibrations de la matière et ainsi communiquer avec celle ci sur des canaux intimes. Nous ne faisions qu’un avec le moindre atome la moindre particule. C’était cela la véritable connaissance. Et grâce à elle nous pouvions effectuer des choses que vous nommeriez désormais « extraordinaires » comme proposer à la pierre de s’élever dans l’air, ou bien à la pluie de tomber lorsque la terre devenait trop aride. Notre civilisation avait atteint un tel niveau d’intimité avec la matière qu’il était envisageable alors de penser que nous en avions terminé avec cette étape de notre voyage.

Cependant un petit groupe d’entre nous, dont je faisais d’ailleurs partie était dominé par une soif étonnante de pouvoir et de savoir. Nous voulions aller encore plus loin que nul n’avait jamais été. Nous voulions nous extraire de l’un et devenir, chacun de nous des dieux. Cette fatalité arriva peu à peu sans que nous n’y primes garde. L’adoration de ces être hybrides que nous avions crée était en fait la pire des armes que nous pouvions rencontrer susceptible de nous détruire.

Les choses se passèrent exactement ainsi, ils nous adorèrent et cette adoration fit tomber toutes les limites du vraisemblable comme de la bienséance. Nous pénétrâmes dans l’orgie, dans la vanité et l’illusion d’être devenus véritablement des dieux. Et étrangement nos pouvoir s’accrurent en même temps comme si nous fabriquions cette réalité nouvelle.

Puis nous découvrîmes une nouvelle énergie que nous appelâmes l’énergie du cristal et celle ci peu à peu remplaça tout ce qui nous était possible d’effectuer d’extraordinaire par l’unique force de la pensée. Nous devînmes des nantis imbus d’eux mêmes grâce à cette technologie et peu à peu nous perdîmes le contact avec la puissance véritable du Un.

Nous devînmes égoïstes, cruels, insatiables poussés par une étrange forme de désespérance liée aux limites que nous avions soudain franchies. Nous nous primes chacun de nous pour l’Un et ce fut le début du chaos total.

Le vraisemblable et la bienséance furent des constructions qui servirent à lutter contre le chaos et à asseoir notre autorité plus encore vis à vis des choses que nous avions crées du fond même de notre volonté d’opposition à l’un.

Je me mis à penser à ce que Ra me confiait et je retrouvais la trame de ma propre existence peu à peu dans cette vie comme dans bien d’autres. Cependant une question restait en suspens concernant le fameux Karma… quel était donc son rôle sa fonction ?

Et je me mis à imaginer l’ennui profond dans lequel résidait le Un dans son omnipotence et la quantité de désespérance qui l’avait amené à se diviser à créer le deux et la suite des nombres à l’infini.

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