Etre dans le besoin

C’est une expression qui ne s’utilise plus beaucoup. On préfère dire désormais « je n’ai pas les moyens » et évidemment ça change complètement les routes neuronales d’un siècle à l’autre.

« Je n’ai pas les moyens » c’est moi qui en premier est responsable de cet état de fait. Alors qu’être dans le besoin c’est dans une certaine mesure perdre une individualité pour se fondre dans un ensemble, cette entité que l’on nomme le besoin.

Curieusement « Je n’ai pas les moyens » renforce cette illusion du « je » au fur et à mesure qu’on l’exprime. Programme l’être pour toujours être prêt à ne pas avoir de moyens. Résultat assuré.

Mais de quoi parle t’on vraiment lorsqu’on prononce le mot besoin ?

De quoi a t’on vraiment besoin et pourquoi ?

Cette réflexion sur le besoin je l’ai eu la première fois lorsqu’à 16 ans je quittais le domicile familial pour me retrouver sans le sou dans les rues de Paris.

De quoi ai je vraiment besoin ?

Il me fallait coûte que coûte poursuivre mes études, c’était ma priorité, et pour cela il fallait que je reste en bonne santé, que je puisse me loger, manger et étudier. Tout le reste n’avait pas vraiment d’importance.

A ma disposition je n’avais pas grand chose sinon un physique de sportif, une sorte de témérité propre aux timides, et une bonne dose de rage pour saisir ce que je ne voulais pas dans ma vie.

Je ne voulais pas être un de ces bourgeois rempli de certitudes qui habite le monde comme une chose établie et dû. J’avais cette sensation permanente, hérité des exils familiaux du coté maternel, de n’être toujours qu’un « invité ».

L’attention que je portais aux choses et aux personnes cependant était bien plus un handicap dans cette nouvelle configuration de ma vie. Il me fallait éviter la dispersion et rester concentré à la fois sur mes objectifs et les nombreux pièges que la rue, la précarité offre aux étourdis.

D’une certaine manière la précarité de mes conditions matérielles me fit basculer vers un choix inédit.

Faire confiance à ce qui vient !

Non pas les gens ou les choses elles-mêmes qui ne sont que des ombres, la matérialisation si je puis dire de mes espoirs et de mes peurs, mais bien plus à la lumière qui au delà les invente.

Au coin d’une rue je rencontrais d’ailleurs une chiromancienne un peu pute qui me prenant la main m’apprit que j’avais une vie de chef, que la chance se tenait à mes cotés.

Dans la situation où j’étais son message me parut comique mais avec le temps je dois avouer qu’elle avait raison.

Encore faut il comprendre ce qu’est une vie de chef et quelle part de nous mêmes sert à confectionner nos chances.

Rebelle à toute forme de poncif j’étais en opposition total à la réalité elle-même. A ce mensonge que l’on me rabâchais depuis toujours derrière lequel j’avais découvert la responsable. La peur est responsable de la réalité que l’on s’invente.

A cette époque je bénéficiais de l’invulnérabilité de la jeunesse. Je n’avais pas peur de grand chose et je faisais confiance en la providence. Le pire ou le meilleur car les deux sont interchangeables, c’est que cela fonctionnait au poil.

J’avais faim je trouvais à manger. Je désirais trouver un livre il me tombait dans les mains. J’avais besoin d’épuiser ma vigueur contre le ventre des filles, elles ne manquaient pas non plus.

Je vivais comme un roi aux crochets de la providence.

Je crois que j’avais chassé la peur de manquer de quoi que ce soit, je m’en convainquais sans relâche plutôt.

Et ma pensée se construisait au rythme de longues marches que je ne cessais d’effectuer dans la ville tout en observant les passants, aux aguets du moindre mouvement de la moindre opportunité. Ainsi j’ai eu cette chance de pouvoir fréquenter de tout.

Du riche du pauvre de l’entre deux. Et souvent quelque soit le statut de ces personnes je me demandais ce qu’ils savaient de leurs véritables besoins.

Le pauvre place dans le besoin ses rêves et ainsi se terre confortablement dans ses manques

Le riche devient souvent pervers car il confond ses désirs et ses besoins.

Entre les deux extrêmes une immense cohorte d’indécis victimes de la pulsion et de la pub.

On peut comprendre tout ça très jeune mais cela ne garanti pas que l’on ne tombe pas dans les pièges tôt ou tard.

Une fois le problème de la nourriture et du logis réglé, une fois la confiance en la providence installée sur ses bases, il y a quelque chose d’excentrique chez l’être humain et qui ressemble à une sorte d’obsession de se créer des difficultés.

L’art fut un objectif idéal pour ce faire. Heureusement que j’ai eu cette chance, toujours la fameuse providence, de conserver des doutes quant à mes capacités artistiques réelles.

Sinon je serais dans un bel embarras.

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