Le musée Soulages

Je n’ai pas envie d’écrire une biographie du peintre pour cette fois, pas d’historique, pas de tracé de parcours. Juste un texte d’impression, quelque chose de filtré par l’état d’esprit du moment.

Sur la route de deux expositions dans le Sud-Ouest nous avons réservé mon épouse et moi des places pour le Musée Soulages à Rodez. Cela faisait déjà longtemps que je projetais de m’y rendre et je n’attendais qu’une occasion. Situé à mi chemin, nous avons donc décidé de faire une halte et en pleine période de Covid 19, équipés de nos masques nous avons pénétré le sanctuaire.

Soulages, rien que le nom du peintre déjà était une sorte d’espoir. La chaleur torride qui règne ici aux alentours des bâtiments sobres aux couleurs rouille disparaît immédiatement sitôt que nous entrons. Entrer au Musée Soulages en plein cœur de l’été 2020 soulage déjà beaucoup.

Ici règne une pénombre qui flirte avec l’obscurité. Les lumières sont presque invisibles, celles qui éclairent les œuvres et cela donne cette impression que la lumière surgit de celles ci. Une leçon d’éclairage, ou de scénographie !

Dés l’entrée Soulages nous invite dans son univers et j’ai cette impression étonnante de familiarité presque immédiatement. Comme une intimité se crée et qui provient de l’alchimie des lieux comme des œuvres. Cependant qu’on n’en parle pas, tout est discrétion comme il se doit.

Sur le mur d’un couloir deux œuvres se font face recouvertes presque en leur totalité de noir ne laissant ça et là que quelques ouvertures de lumière.

J’observe attentivement les glissements légers parfois presque imperceptibles des valeurs de noir qui s’étendent avec parfois un rien de brillance coincé entre un tout de matité.La puissance du blanc n’est pas la même suivant la qualité du noir et la forme laissée vierge où l’on aperçoit la toile.

Ce sont de grands formats 150 cm de long qui en impose aussitôt et cela me fait réfléchir, me souvenir de cette période ou je tirais des photographies noir et blanc. Parfois sur un format modeste la banalité l’emportait alors que sitôt qu’on la transposait sur un grand format cette banalité se transformait en singularité. Il y a quelque chose de semblable dans ces grands formats. Une sorte d’exhibition de quelque chose d’intime qui dans l’agrandissement rejoint l’universel.

L’alternance des plages mates et brillantes aussi me laisse songeur quant à l’effet produit sur la luminosité des plans, leur silence et leur propos suivant la position du spectateur.

Il y a encore une sorte de rébellion qui n’est bien sur que ma propre interprétation sur la notion de « vernissage » des toiles. Les toiles de Soulages ne sont pas vernies totalement ou alors elle le sont avec un vernis brillant et un vernis mat. Une rébellion donc à masquer et unifier l’oeuvre sous une « belle couche » de vernis.

Quant à la composition je me retrouve comme chez moi pour ainsi dire avec cette alternance de masses qui structure ces deux œuvres , grande moyenne petite masse ou petites formes laissées lumineuses.

Plus profondément ces œuvres là me parlent intimement de notre époque, de l’alchimie nécessaire par laquelle il faut s’engouffrer pour peindre. Cette domination du sombre en opposition avec les quelques taches de lumière puis cette confusion due au fait que la lumière peut aussi provenir du noir, tout cela est très émouvant. Et en même temps pas de discours, pas d’explication placardée.

A chacun de faire son propre cheminement à partir des toiles. Pour avoir observé Soulages lors de documentaires je le retrouve, austère mais pas fermé, comme un trop plein retenu avec réserve et une vigueur qui en dit long sur la notion d’endurance de l’artiste. En revanche pas d’humour du tout, je veux dire plutôt un humour au delà de l’humour habituel. Comme une essence. Un sourire. Une pudeur aussi.

La problématique de ces œuvres, évoquent à la fois ce trop plein et cette discrétion. Jusqu’où la peinture peut elle envahir la surface vierge de la toile ? Jusqu’où la pulsion, le geste, l’énergie ? A partir de quand la réserve , la pudeur ? Il y a une sorte de combustion au noir, chaque toile est creuset ou athanor servant à ouvrir la matière pour y recueillir une impression une qualité de luminosité provenant du couple noir blanc ou ombre lumière.

Soudain une oeuvre de jeunesse, complètement différente et qui me fait penser aussitôt à Bram Van Velde.

La problématique du remplissage, comment trouver notre propre sens de l’espace et comment il faut errer pour la trouver, voilà ce que je retrouve dans cette toile. Une émotion très forte tout à coup de pouvoir être capable de comprendre le trajet.

Toujours cette recherche de relation à l’espace augmentée de premiers plans noirs, recherche de la profondeur par la voie classique. J’y retrouve plusieurs peintres comme Atlan, Matta, Matthieu et surement d’autres que j’oublie. tout cela dans la forge d’une époque où chacun s’interroge sur des notions singulières, différentes de l’espace et de son contenu. Dans cette série d’œuvres l’influence des autres peintres résonne, une sorte de concert discret tout au long du cheminement de cette partie.

La notion de bâton, de traits rigides, également comme chez De Staël comme une incantation à la verticalité ou à la masculinité à la virilité ? La peinture est déposée d’un geste sans reprise ni retour apparent. Ici l’émotion surgit de l’aspect non apprêté, mal peint en opposition avec cette volonté de rigidité et cette ouverture en plein milieu de la toile qui semble dire bientôt, tu y es bientôt, presque…

Dans des vitrines reposent des photographies des documents qui évoquent le parcours du peintre. Une série attire mon attention où l’on voit les différents ateliers et les rues, les villes que je connais toutes. Des images se mélangent entre la vie du peintre et la mienne avec comme totem le bidon de brou de noix, l’encre du pauvre qui permet de créer même si on n’a guère de moyens.

Fin de la première partie

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