Régulier et irrégulier

En retrouvant de vieux carnets scolaires je relis les annotations de mes professeurs et pratiquement tous indiquent ma propension à l’irrégularité.

Travail irrégulier

Et cela m’entraîne à réfléchir sur la résistance que j’ai toujours eu envers cette notion de régularité. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé de nombreuses fois. Mais à chaque fois au bout d’un laps de temps plus ou moins long l’emmerdement de la syncope surgit, le joli train déraille doucement comme au ralenti et je tombe alors sur une singularité du temps dans laquelle tout mon être s’engouffre comme libéré de la contingence, de la pression obsédante de la régularité.

Il doit y avoir une relation avec la musique, dans le sens ou l’harmonie devient insoutenable et qui oblige quelque chose en moi à m’emparer de la plus petite dissonance, à m’y agripper pour m’extraire de la transe.

Peut-être un orgueil étonnant aussi me fait-il sans cesse croire qu’il existerait une harmonie supérieure où toutes les dissonances appartiendraient de façon essentielle à cette harmonie.

Je me souviens de mon vif intérêt pour la musique indienne constituée de notes étranges, de glissements vertigineux et qui semblaient agiter des parties inconnues de mon être sitôt que je les percevais se mêler aux rythmes également changeant des percussions. Des changements de rythme, de cadence et d’octaves inédits créaient déjà les conditions favorables pour accueillir la singularité.

En opposition à la nécessité inventée des labours et des sillons organisée de façon implacable , cette singularité, l’irrégularité offrait comme une issue de secours par laquelle s’évader de la gravité comme de la pesanteur terrestre.

Assurément si nous découvrons un jour un moyen de propulsion nouveau celui ci sera basé sur le couple que forme régulier et irrégulier. En tous cas c’est celui ci qui m’aura propulsé comme une bille à travers le temps et l’espace durant 60 ans et je ne m’en plains pas.

travail irrégulier me dit on, bien sur ! car la chaleur et donc l’énergie naît toujours d’un frottement entre deux forces contraires pourrais je répondre sans ciller désormais.

A cela une difficulté majeure s’ajoute quand on pense à toute progression.

Dans la tête du monde est inscrit une légende qui associe le travail régulier à l’idée de progression. C’est peut-être une invention farfelue finalement et selon la loi quantique on se crée la réalité que l’on décide.

Comme je ne décide pas grand chose j’ai eu le temps d’étudier toutes les métamorphoses de cette pseudo régularité liée à une notion figée de réalité. Quel ennui !

Alors que désormais au bord de la fin des temps, en pleine apocalypse la singularité devient évidence, la douleur vient la plupart du temps d’un absence de confiance en cette vieille notion de régularité.

A chaque instant désormais un incendie peut ravager un pays, presque un continent entier, une tempête, une éruption volcanique, une épidémie mondiale…. tout semble surgir de toutes parts comme autant de diablotins de boites.

Sans doute parce que cette croyance en la régularité était en conflit tout bonnement avec la nature profonde des choses, de l’univers et qu’il nous fallait à nouveau revoir notre copie. tenir compte de la différence, du petit détail, du grain de sable dans l’engrenage et le porter enfin à sa juste fonction comme appartenant au grand Tout.

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