Accouchement

Ce qui est douloureux dans l’accouchement vient du manque de préparation, d’entrainement, tout cela ajouté à la crainte de déranger plus ou moins consciemment l’ordre immuable du monde.

Certaines tribus que l’on appelle « primitives » ont tellement bien intégré cela que le mari d’une femme enceinte doit se rendre dans la jungle durant un laps de temps donné pour revalider sa présence au monde.

S’il en revient en bonne santé, sain et sauf c’est que le monde a accepté son sacrifice et absorbé l’incident sans conséquence néfaste. S’il n’en revient pas c’est aussi dans l’ordre des choses, c’est que cela ne devait pas être, un point c’est tout l’affaire est désormais close.

Tout créateur mâle ou femelle est enceint de son oeuvre et la mise au monde de celle ci relève de la même problématique que celle que je viens d’évoquer. Parce que toute création si minime pense t’on qu’elle soit, nul n’est en mesure d’en calculer les conséquences sur le grand tout.

Accoucher n’est pas qu’une affaire de femme mais aussi d’homme. Accoucher de soi n’est pas un vain mot, une plaisanterie. Une remise en question totale est le prix à payer au monde, à l’univers plus généralement. Celui ou celle qui croit être un singleton, un nombril ne mesure pas les conséquences de ce qu’il produit et cette ignorance il peut la payer au centuple par la suite en raison de son ignorance, de son imprudence.

C’est cette épée de Damoclès qui planait au dessus de ma tète autrefois et c’est en ces termes que je m’expliquais plus ou moins ma réticence à accoucher de quoi que ce soit.

Déranger l’ordre du monde

Une punition magistrale qui me mettrait définitivement à terre.

Une malédiction.

Je ne voyais toujours que le coté néfaste de toute création, et ne songeais quand à ma production qu’à des fruits véreux. Après avoir vaincu ma timidité de la pire façon qu’il soit j’avais atteint un niveau d’outrecuidance tel, que par ricochet j’en étais devenu la première victime.

L’orgueil ne soigne pas de la timidité, c’est juste un gant que l’on retourne pour avoir l’air de montrer patte blanche.

Pour accoucher il faut détendre le sphincter et laisser aller les tensions habituelles, tellement habituelles d’ailleurs qu’on ne les remarque même plus.

Respirer expirer se détendre et expulser en laissant glisser tranquillement au sol le produit plus ou moins nauséabond de tant de cogitations, d’atermoiements, de retenues, de vices et de vertus traversées. S’ouvrir comme une moule, comme une huitre et pas sur évidemment de trouver la moindre perle.

Mais de la perle on s’en fiche éperdument quand il en va de sa propre survie. Car si on ne met pas bas on crève voilà tout.

Accoucher est un enjeu vital.

Lorsque je tombais par hasard sur les premières lignes de tropique du Cancer de Henri Miller, quelle baffe !

« L’homme que j’étais je ne le suis plus ». Cette phrase extrêmement importante est comme un râle de soulagement qui ouvre le récit et les parois d’un corps, d’un cœur et d’un cul tout en même temps. Une sorte de vomissement ou de chiasse urgente travaillée et retravaillée jusqu’à la solidification, la pétrification.

Création d’un roc à partir de sable

Inversion totale de la force d’entropie.

L’homme que j’étais je ne le suis plus, je peux aussi le dire à mon tour désormais.

Je suis un des derniers survivants d’une race en voie d’extinction, la race ancestrale des tueurs de dragons, des capitaines Achab, et des dresseurs de tigresses.

Un héritage qui remonte au moins à l’Atlantide, voir à l’époque où Mars était encore verte…

Probablement.

Dans la vie mon petit pote la femme est une tigresse qu’il faut apprendre à dompter

on se passait des mots, des formules savantes, des abracadabra pour conjurer le sort et sortir vainqueur de la moindre étreinte.

Des Claudel en armure qui n’auraient certes pas lâcher leur semence sans condition sinéquanone d’abdication totale de la bête !

Dans la vie mon petit pote il y a deux sortes de femmes , les putes et toutes les autres

les putes tu les traites en princesse

et toutes les autres en pute

Et là tu as le sésame perpétuelle de l’ouverture des guibolles, tu n’as plus qu’à assurer et rester dur le reste suivra !

Si tu veux conserver ton cœur évite aussi de t’attacher, cerise sur le gâteau, codicille testamentaire qui complète le leg en belle entourloupette.

Avant d’accoucher faut pouvoir concevoir quelque chose qui tient la route mon petit gars.

Te fais pas baiser.

Ils s’enfoncent à l’horizon ces hommes moitié dieux moitie singes. Résultat d’une étrange opération génétique de l’expérience et des coups de chien.

Des voyous avec un cœur intact brillant au beau milieu de leurs âmes noires.

Du genre qui plait aux femmes, qui les attire comme des mouches

dis pas le contraire mademoiselle la comtesse de Ségur.

Une exploration vaginale autant qu’anale de la bête dont on sera revenu harassé les yeux exorbités avec d’un coup une barrière de mots d’ordre pour se calmer les sangs.

Je suis un des derniers survivants de cette race presque totalement éteinte

Le moule est pété.

On n’en produit plus que dans les séries B pour conserver une sorte de trace vague

Asepsie méthodique et en douceur.

Désormais l’accouchement est la chose la mieux partagée du monde.

Cependant que la solitude de l’accouché est à son paroxysme…

Putain de drôle d’époque non ?

2 commentaires sur “Accouchement

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