Obéir désobéir

C’est tout à fait étonnant mais c’est ainsi que sont arrivées les choses ce matin: le premier mot qui me vient est « obéir » et presque aussitôt que j’en cherche l’origine je tombe sur de vieux souvenirs de catéchisme.

Étonnant n’est ce pas ?

La vérité, la mienne bien sur, est que lorsque je poussais la première fois la porte de la classe de catéchisme, dans mon petit village bourbonnais, j’avais à peine 7 ans et j’étais déjà éreinté.

Toute mon énergie je la dépensais si je puis dire à désobéir par tous les moyens à ma portée. C’était devenu un réflexe. Un refuge aussi. Mais aussi une sorte de demande perpétuelle d’amour.

Désobéir était proche d’une forme de mendicité pour réclamer l’attention, l’amour de mes parents, parce que tout bonnement je doutais perpétuellement de celui-ci.

Mais que sait-on de l’amour à 7 ans ? véritablement on en a juste l’intuition et cette intuition sans tuteur finit par devenir une sorte de fantasmagorie comme ces plantes que l’on laisse envahir les parterres par manque d’attention, manque de soin, manque d’organisation, manque d’ordre, manque d’obéissance également à des principes simples.

Désobéir était donc une provocation incessante vis à vis des adultes en général, et bien sur mes parents en particulier parce que je me disais toujours que je n’avais pas suffisamment de preuves, parce que le doute était plus fort que la confiance que je pouvais porter au monde dans sa globalité.

Bien sur je ne manque pas de prétextes pour expliquer cet état de faits. Des excuses, des raisons, authentiques ou fallacieuses ne manquent jamais pour esquiver le vrai nœud d’un problème.

Lorsque je me revois à l’age de 7 ans assis au sommet d’une tonnelle en train de tailler mes flèches et confectionner des arcs nul doute que je positionnais déjà en tant qu’indien luttant contre un homme blanc imaginaire qui saccageait tout sur son passage. Qui saccageait surtout mes rêves, et cette fantasmagorie que représentait l’amour.*

La déception était mon lot quotidien et celle ci provenait des espoirs que dans mon ignorance j’inventais continuellement, avec une facilité, une commodité déconcertante.

Que pouvais je savoir des difficultés des adultes en ce temps là ? Que pouvais je savoir de la notion de temps, d’investissement, de combien coûte la moindre minute d’attention à un enfant ? Rien du tout.

Ignorant je partais juste de ce postulat que l’amour surmontait tout. L’amour pour moi évidemment. Il m’aurait toujours fallu plus. Et sans doute est ce là l’origine même de ce parcours difficile qu’une part sage de moi même aura choisi par la désobéissance.

Toujours étonnant de penser que nos défauts, nos failles ne sont rien d’autre que nos véritables atouts, qu’ils sont nos maîtres véritables que nous nous sommes choisis puis que nous enfouissons dans l’oubli pour nous retrouver perdus un beau matin sans autre alternative que de comprendre la puissance du mot obéir.

Lorsque les écailles nous tombent soudain des yeux, tout ce parcours de désobéissance ressemble à cette errance de 40 jours dans le désert dont parle les Ecritures. Pourquoi 40 jours alors qu’il suffit de 11 seulement pour le traverser ?

N’est ce pas là un exemple de l’importance des héritages que nous faisons semblant de dédaigner alors que dans le fond bon nombre de réponses se trouve déjà inscrites partout autour de nous ? Pourquoi chercher à réinventer la roue continuellement ?

C’est qu’obéir aveuglément pour moi était une impossibilité. Ma timidité et mon manque de confiance en moi à cet age de ma vie était la source de luttes permanentes. Je ne cessais de remettre en question le monde parce que j’imaginais que moi-même sans relâche était remis en question dans le cœur des gens qui m’entouraient.

Que savais je de l’amour ? Je ne considérais que le bon coté de celui ci et ne voyais pas du tout l’effort de la racine , de la branche et des feuilles pour se frayer un chemin dans le néant qui nous entourait.

Désobéir était la seule alternative afin d’épuiser la désobéissance afin de comprendre toutes mes résistances, mes obstacles. Désobéir créait en même temps l’obstacle que les germes de la compréhension à venir de celui ci.

Une longue errance de juif vociférant et se lamentant dans le Sinaï, ce qui produit soudain une double image à la fois grotesque et tragique.

Et en même temps sans cette désobéissance poussée à l’extrême, pourrais je être en mesure d’avoir quoique ce soit à écrire chaque matin ? En aurais même besoin ? Sans doute pas.

Sans doute n’aurais je rien d’autre à partager que des moments simples en famille dans une sphère privée avec la dose de pudeur qui va bien avec le silence ouaté des dimanches après-midi.

En fait j’avais placé tellement d’espoir dans ce fichu catéchisme que je ne tardais pas à récolter une déception dans les meilleures proportions de celui ci .

Mes camarades baillaient devant un curé à l’allure débonnaire mais dont la main baladeuse caressait de façon un peu trop appuyée la nuque des petits garçons. Ainsi donc rien ne fut véritablement résolu sauf la transmission des textes comme des graines qui peu à peu et de façon évidemment anarchique se développèrent dans le fin fond de ma cervelle.

Je ne restais guère dans cette classe de catéchisme mais suffisamment pour en comprendre une chose importante c’est que de nombreuses vérités sont souvent dissimulées sous les mensonges. Comme on le dit à chaque chose malheur est bon et c’est bien vrai.

Lorsque quelques années plus tard la médiocrité de mon travail d’écolier fut assez suffisamment aiguisée pour blesser la patience de mes parents, ceux ci m’inscrire dans une pension religieuse chez des prêtres polonais presque tous rescapés des camps d’Auschwitz et de Treblinka.

J’étais monté en grade à force d’opiniâtreté, de ténacité sans même m’en rendre compte. Ceux que j’allais devoir affronter n’avaient rien à voir avec tout ce que j’avais pu connaitre comme saloperie de l’âme humaine. Ils étaient aguerris à l’amour comme nul autre et c’était absolument certain comme le disait d’ailleurs à juste titre mon père :

Ils allaient m’apprendre l’amour sous toutes ses formes !

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