Puits sans fond

Souvent une fois les yeux clos,l’enfant tombe dans un puits sans fond. Un chute lente au début qui s’accélère de plus en plus. Une vitesse vertigineuse peu à peu déforme les trait de son visage jusqu’à le transformer en une chose informe. C’est à ce moment là aux abords de l’inéluctable qu’il donne un coup de poing sur le matelas comme si la violence du geste pouvait contrecarrer la sensation effrayante de sa disparition dans l’abîme.

Les yeux grands ouverts dans la nuit, la respiration coupée, l’ouïe prend alors le relais pour élaborer de nouvelles fantasmagories. Le moindre bruit devient l’alerte d’un nouvel effroi qui peut surgir à toute instant pour l’emporter à nouveau vers le néant.

La peur peut à ces instants emprunter bien des formes diverses. Elle peut s’insinuer dans l’ombre projetée d’une branche sur un mur, dans la silhouette d’un nain issue d’un amas de vêtements posés sur la chaise, transformer toutes ces choses que l’on considère neutres,inertes, pacifiques tout au long de la journée en une sorte de revanche de l’hostilité magistrale du monde.

Cette hostilité l’enfant ne la comprend pas. Tout comme il ne comprend pas les cris, les insultes et les coups qui ne cessent de pleuvoir sur lui dans la journée. Au delà de cette incompréhension se tient un territoire qu’il n’a pas vraiment envie d’explorer. Le monde des adultes qui peu à peu se confond avec le monde des autres en général.

Le refuge qu’il s’invente est ce qu’on nomme l’autisme. Une zone tampon confortable qui ne préserve de rien cependant mais qui évite la brutalité des réponses.

Ne reste alors que la question comme un cheval ailé le transformant en Belerophon. Cette question qui en entraîne d’autres a l’infini exactement comme ce puits sans fond dans lequel il ne cesse de choir presque chaque nuit.

Désormais la question permet de mieux contrôler la disparition due à sa chute, il ne tombe plus comme un poids mort, il papillonne, volette, se débat.

Aucune réponse il le sait ne permettra d’arrêter ce processus.

Les questions ne peuvent pas être partagées avec le monde l’enfant s’en est vite rendu compte. Tout le monde s’en fiche et se hâte d’opposer des réponses toutes faites comme des clôtures, des murs, des frontières à ne pas dépasser.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :