Échecs et réussite.

Quand tu effectues une action tu as cette habitude de la juger par rapport à des critères qui te permettent de déterminer si tu t’approches ou non du but que tu te fixes. Ce que tu n’analyses pas toujours ce sont ces critères, de façon générale tu ne les remets pas en question. Pourtant ces critères qui proviennent de l’extérieur et que tu penses être les tiens, le sont ils vraiment ?

Lorsque je comprends la peine que les gens éprouvent vis à vis de la peinture, les adultes, il me semble qu’ils se compliquent beaucoup la vie. Ils veulent réussir leur tableau sans vraiment se poser de question sur ce que signifie cette réussite.

C’est assez étonnant de le constater mais on recherche toujours la réussite selon des critères étroits et on ne tire pas partie de nos échecs qui sont pourtant notre lot habituel.

Revenons un peu en arrière.

La notion de but par exemple. Quel genre de peintre veux tu être ? Quel genre de tableaux voudrais tu réaliser ? si je pose ces questions il est rare que l’on me réponde de façon claire. En général on me dit « je peins pour me détendre », » je peins pour m’exprimer », c’est rarement une nécessité, un besoin vital.

On peut faire tout un tas d’autre choses pour se détendre ou s’exprimer, pourquoi se cantonner à la peinture dans ce cas ? Pourquoi ne pas s’inscrire à un cours de chant ? Apprendre à jouer d’un instrument de musique, tenter quelques pas de danse ? Ou alors prendre son appareil photographique et aller se balader dans la campagne ?

Tout cela détend et permet de s’exprimer tout autant et peut-être même mieux que l’acte de peindre.

Alors y aurait il quelque chose d’autre, de spécial, de supplémentaire qui t’entraîne à choisir la peinture ?

Tu aimes les couleurs parce qu’elles te procurent des émotions et tu voudrais bien savoir comment ça marche pour le fabriquer toi-même.

Tu penses peut-être que peindre est une sorte de refuge où tu seras tranquille à la surface de la toile et tu pourras déposer sur celle ci des choses que tu n’arrives pas à résoudre autrement ?

Tu désires en mettre plein la vue à tes proches en réalisant de magnifiques œuvres qui les entraîneront à te considérer avec la reconnaissance que tu penses mériter de leur part ?

Tu aimes peindre, tu ne te poses pas toutes ces question, tu peins peut-être depuis longtemps déjà et tu as l’impression parfois d’être bloqué par des problèmes techniques, tu as l’impression de stagner et à un moment tu prends conscience que tu as besoin d’aide pour aller plus loin, pour continuer à éprouver ce plaisir de peindre sans te prendre la tête plus que ça.

Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles on peut vouloir peindre, mais quelle est ta raison principale ?

L’amour ?

La revanche ?

Le désir de reconnaissance ?

Toutes ces raisons sont toutes valables et en même temps sont complètement futiles.

Le chemin de la peinture te fera prendre conscience si tu t’accroches à lui, qu’abandonner toutes ces raisons est la meilleure chose à faire.

Peindre pour peindre et parvenir à cette absence de raison, à ce vide ou ce trop plein et puis constater que l’on n’a plus besoin de définir mais seulement de sentir cette présence- absence en soi. Puis peu à peu se confondre tout entier avec elle.

Que peut alors signifier les mots échecs et réussite dans une telle démarche ?

Sans doute pourrait on penser que de se rapprocher au plus juste d’un centre au travers d’innombrables tentatives permet d’éliminer tout ce qui n’est pas juste. Serait ce alors la perfection le but de cette quête ? Parvenir à évoquer le vide ou le trop plein à la façon d’un accord parfait ?

Je l’ai pensé longtemps. Mais c’était encore une étape à franchir pour parvenir à quelque chose de plus mystérieux, de plus troublant encore d’où sort quelque chose que les mots ne peuvent définir. Sans doute est ce une bonne chose pour moi qui parvient à définir à nommer tant de choses par les mots d’avouer que dans un tel cas je ne le peux plus.

Ce qui advient je ne sais si cela se situe entre l’échec et la réussite du tableau, et en fait peu importe. Ce que je remarque c’est que plus j’avance,plus cet intervalle, cet entre deux, infime au début tant la notion d’échec et de réussite prenaient de la place, cet espace s’agrandit de jour en jour et engloutit à la fois la pensée et les mots que vainement je tente encore parfois de poser dessus, comme un pansement à la béance que produit la peur.

Car cela fait peur d’être là dans cet entre deux, et parfois de ne plus savoir selon les critères habituels, ceux qui nous servent de point de repère et nous guident si ce que l’on peint est bon ou mauvais.

C’est comme si « bon et mauvais » ne nous appartenaient plus en tant que mots usés par toutes les bouches.

A la place s’installe un silence qui se manifeste par des filets de lumière ou d’eau scintillante, presque imperceptibles au début puis qui grossissent comme des rivières des fleuves allant se jeter à l’océan.

L’échec et la réussite appartiennent au groupe comme de vieux totems qui rassurent et protègent car tous ne peuvent emprunter ce chemin et on besoin de limites.

C’est pour eux que l’on peint ainsi en s’enfonçant de plus en plus loin pour aller chercher la nuit et ses étoiles tout en disparaissant comme il se doit à l’unisson de leurs éclats.

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