Le beurre, l’argent du beurre et la crémière

Vous entendez cela depuis toujours, « il faut faire des efforts pour obtenir quoique ce soit » n’est ce pas. Ce doit être inscrit dans notre cerveau primitif du temps où nous nous en allions chasser l’aurochs ou le mammouth. A cette époque cela avait probablement du sens. Marcher, courir, sauter et s’accrocher à la laine des flancs de l’animal pour l’occire demandait une somme d’efforts considérable. L’objectif alors était de ne pas crever de faim et de rapporter des monceaux de bidoche assurant la survie du groupe.

Faire des efforts avait un sens. Un putain de sens. Une simple question de vie ou de mort.

Nous avons perdu l’intensité avec le progrès. Nous l’avons remplacée par le désir toujours insatisfait. On ne chasse plus guère les mammouth de nos jours, on va juste à la pèche au chèque de fin de mois pour la plupart d’entre nous. Et pourtant on ne cesse pas d’évoquer cet axiome… tu n’auras rien sans effort.

Les gourous du développement personnel arrangent encore la formule à leur sauce en évoquant le bénéfice de quitter une zone dite « de confort ».

Pour réaliser tes rêves quitte ta zone de confort.

Il ne s’agit plus de survie évidemment mais bien plutôt de flatter l’ego en s’adressant à sa tendance à la toute puissance. Pourtant on n’est pas bien loin d’apercevoir une jungle féroce dans laquelle il te faudra t’engager pour décrocher le pactole. Réaliser ton but, ton objectif même si cela n’est pas énoncé à coup d’onomatopées, même si le message est enrobé de miel c’est tout de même un peu pareil.

Je pensais à ça, à cette idée de zone de confort et d’effort à fournir en revenant d’une réunion où je me suis emmerdé comme rarement. Une idée de la présidente de l’association où je sévis une fois par semaine en temps normal. Seulement voilà le temps normal est une expression passée de mode à l’époque du virus. Le mot normal lui même ressemble à un gros mot.

Le but était louable puisque comme quasiment pour toute réunion l’idée est de rassurer et d’informer en même temps. Environ une cinquantaine de personnes s’étaient donc déplacée pour y assister. La plupart constituée d’adhérents et bien sur les professeurs dont je fais partie.

Après avoir évoqué le cadre spécial de la rentrée, les fameux gestes barrières et les précautions à prendre pour mener les activités presque comme d’habitude, notamment dans les activités manuelles, on attaqua le gros de la difficulté : le sport et notamment le fitness qui de source sure constitue le plus important en terme de nombre d’adhérents et de chiffre d’affaire. 180 personnes se relaient dans une salle qui normalement peut en accueillir raisonnablement une trentaine.

Avec les nouvelles mesures les groupes doivent donc se réduire à une quinzaine de personnes maximum.

A peine avait t’on évoqué le problème que déjà des voix s’élevèrent.

Si on ne peut plus faire comme avant c’est à dire venir autant qu’on le désire dans la semaine et participer à plusieurs sessions alors je me désinscris et je veux être remboursé.

La directrice ajouta qu’une modification des tarifs seraient évidemment proportionnelle à la défaillance mais rien n’y fit. Une dizaine de personnes se mirent à protester d’une façon ferme voire agressive et la menace suprême revient plusieurs fois

Remboursez !

Comme tout cela ne me regardait plus vraiment- les cours d’art plastique avaient été torchés au tout début. Et que la nausée commençait à monter j’ai profité d’un moment d’inattention général pour m’éclipser.

En roulant tranquillement pour revenir dans mes pénates j’ai cru voir scintiller sur les panneaux lumineux de l’autoroute des phrases étonnantes comme « tu veux le beurre, l’argent du beurre et la crémière. »

Un peu plus loin  » je ne veux absolument pas quitter ma zone de confort »

Et puis dans la pénombre des bas cotés des ombres de chasseurs à moité nus qui sautillaient au dessus de taureaux et de mammouths.

Je me suis demandé alors si moi-même je n’étais pas exactement comme ces gens qui parce qu’ils ont payé se croient tout permis et considère que le hasard en serait aboli… Je me suis dit que probablement oui, comme tout le monde plus ou moins, par manque de discernement et d’attention.

Puis je me suis concentré sur l’autoroute, et à ne pas dépasser la limitation de vitesse pour me calmer et ne plus trop penser à la connerie générale de mes contemporains et à la mienne.

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