Le recours aux forêts

C’était il y a belle lurette, j’espérais encore trouver un quelconque salut. Je traversais le village à vélo puis montait la grande côte en changeant de plateau pour que la sensation d’effort soit amoindrie par l’emballement du pédalage. Mais toujours à un moment la désagréable impression de faire du sur place. Mais cependant l’obstination payait et j’arrivais au bout, sur la plaine qui s’étend entre Vallon et Tronçais en passant par Hérisson et ma douce et belle Aumence.

Je pédalais tranquillement dosant mes efforts afin de ne pas m’approcher trop rapidement de l’orée de la forêt. Comme on retient sa main pour ne pas jouir de façon inopinée. Et enfin celle ci, l’orée m’aspirait tout entier comme les lèvres d’une femme aspire le désir.

Et là alors je volais. Je n’étais plus cycliste j’étais un oiseau tant l’effort avait disparu de mon vocabulaire, de mes pensées toutes entières, les emportant d’ailleurs très loin avec lui.

J’étais dans l’odeur de mousse et de champignons d’humus le plus heureux des petits garçons. Et le vent qui parfois soulevait mes cheveux et caressait ma joue était si réel, la sensation était si intense que j’étais comme dans mes rêves les plus fous. Les rêves sont toujours plus intenses que toute réalité fabriquée.

Je n’avais que cette obsession quand tout partait à volo de m’évader vers la foret et de rejoindre l’étang de Saint Bonnet.

Moi le petit gros, le goéland pataud je disparaissais alors grâce à la fuite du monde stupide

et devenait quelque chose d’infiniment plus vrai que jamais.

Et puis un jour j’ai cessé de me rendre dans les bois. Pas plus ceux de mon enfance que ceux plus insidieux de Boulogne ou de Vincennes ou de formidables androgynes surgissaient des fourrés. Terminé le frisson provoqué par l’apparition des biches et des cerfs, je me solidifiais moi aussi dans le sel. J’appartenais désormais à la cohorte des nostalgiques pétrifiés par l’idée de leur passé merveilleux.

Je ne pouvais plus avancer.

Alors le soleil et les pluies ont fait leur ouvrage et peu à peu j’ai réinventé autre chose. De nouvelles forêts de nouveaux refuges. Des oasis surtout vers la trentaines, de nombreux bistrot où l’alcool n’était qu’un affluent du Lethé.

Le loufiat était Charron qui dansait entre les tables pour distribuer ses « demi » ou ses petits blancs sec qui laissent une acidité reboratrice à la langue qui se délie.

J’ai rencontré alors d’autres biches, d’autres cerfs, et quantité d’autres animaux solitaires.

Et puis plus loin encore j’ai cessé.

Cessé de boire, cessé de fuir.

Je n’ai plus crû du tout à l’extérieur.

Les raisons de la fuite comme l’évasion était tout au fond de moi. Je devins épicier pour apprendre la pesée, et l’art du scrupule.

Et puis après je ne sais plus très bien. J’ai presque déjà tout oublié.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :