Tu nous emmerdes avec tes états d’âme

Moi le premier. Je trouve assez insupportable que l’on se serve de mes esgourdes pour déverser ses états d’âme. Pas vous ? Quand ce ne sont pas les nôtres, notre préoccupation principale, c’est toujours un calvaire. A moins de tomber sur un faux cul ou une nonne qui avec componction recueillera le précieux contenu pour en fabriquer un engin de destruction massive ou un onguent spermatique utile afin de resserrer les pores de la peau et ainsi prouver l’existence des miracles. Sinon peau de balle et balai brosse tout le monde ou à peu près se cogne des états d’âme de ses contemporains.

Vous trouvez que j’exagère ? Sans doute un peu. Pour forcer légèrement le trait et caricaturer cette propension que nous avons à nous épancher pour un oui ou pour un non sitôt qu’une oreille que nous jugeons attentive se prête au jeu de la confession.

C’était en tous cas une phrase qui revenait souvent dans les prémisses de mon adolescence ou non seulement j’abreuvais mes proches d’un tas de questions interlopes et n’hésitais jamais, entre deux, à glisser un ou deux messages sur mon humeur du jour. La plupart du temps une impuissance chronique à comprendre l’existence et les êtres.

Mes parents qui votaient Chirac et avaient connu la guerre de 39-40 puis les trente glorieuses refusaient tout de go de s’embarrasser. Ni à prendre des pincettes. Au tout début sans doute par faiblesse ils avaient peut-être cédé une fois ou deux. Mais s’étaient vite repris en invoquant l’ordre, le travail assidu, et la confiance sans faille , un devoir envers soi-même surtout et accessoirement envers la vie et les patrons. Tout cela sans omettre de bien serrer les dents et les fesses pour parvenir à un bonheur certain.


Possible aussi que ce ne soit pas tout à fait masculin de se livrer ainsi à l’exhibition d’une vie intérieure, aussi riche et intense soit -elle. On glissait vite à l’époque dans la catégorie des faibles, des lavettes disons le clairement ainsi que des girouettes, des errants, des peu fiables assurément.

La capacité personnelle à faire silence sur ses états d’âme définissait en gros à la fois la taille supputée d’un pénis et la sphéricité idéale d’une couille qui comme tout à chacun le sait est plutôt patatoïde voire mi figue mi raisin plus le temps passe.

Pourquoi donc s’obstiner ainsi à refuser l’existence de l’âme et ses manifestations ?

Sans doute qu’à force de voir sa propre bobine dans un miroir et s’en étant lassé, la plupart d’entre nous préfèrent passer sous silence ce maelstrom perpétuel de questions réponses dans lequel nous sommes englués. Le manque cruel d’ordre avec lequel l’âme se déverse ainsi vers l’extérieur tout azimut ressemble à un trou noir vite confondu avec un éternuement de trou du cul. Une diarrhée. De là à parler d’emmerdement il n’y a pas des kilomètres.

Mais sont-ce vraiment des états d’âme ? me dis je un beau matin en reluquant les seins de ma maîtresse d’école assise dans une pose lascive sur un coin de pupitre. Je ne le crois pas. De moins en moins. Je crois bien plus que ce sont des états de cervelle que des états d’âme. Confusion magistrale et générale.

L’âme ne dit rien, n’exprime rien de particulier elle est ce silence que l’on cherche à fuir la plupart du temps. Elle se tient en toute chose que nous effectuons ou disons et même dans l’absence de tout acte et mot, elle est là encore.

Sans doute est ce le frottement, l’érosion de tout ce que nous pensons être, croyons être qui s’effiloche et se dissipe invariablement à son contact lorsque l’on commence à en prendre conscience . Sans doute que très tôt certains se rendent compte de cette disparition irrémédiable du séculier dans l’intemporel. Et veulent en témoigner à voix haute. Une sorte d’appel au secours de naufragé choqué au début. Puis un jeu du je que l’on finit par détecter de plus en plus finement finit par attirer l’attention et faire office de médiateur devant l’effondrement.

Rien de plus emmerdant que les états d’âme sans doute parce qu’ils exhibent un silence inouï, à la limite du supportable masqué derrière le désordre des pensées et des bavardages. Ce silence que nous devons tous, chacun de nous domestiquer; comme on le peut en traversant les mascarades pour nous évanouir une fois pour toutes et à jamais dans le néant insondable.

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