Et si on oubliait tout ?

Il y a certains états de fatigue que l’on détecte par leurs bizarreries périphériques. Cela t’est peut-être arrivé, à première vue tout semble aller bien. En te regardant dans la glace les yeux sont bien en face des trous, le teint de la peau n’indique pas de maladie grave, et même tu ne ressens absolument aucune douleur dans les articulations. A partir de ces quelques indications minimum on est souvent tenté de se dire que tout va au poil, surtout quand on a dépassé la cinquantaine, mieux, la soixantaine.

On ouvre la fenêtre et on se penche à la rembarde pour regarder la rue, les gens, les pigeons et les filles en sirotant un café dosé exactement comme il se doit et déjà en jetant un coup d’œil au réveil on découvre qu’il est déjà l’heure de se rendre au boulot.

Alors on se dépêche d’aller sous la douche, de se brosser les dents, de s’habiller et tout à coup nous voici en bas la rue et la course commence, on slalom jusqu’à la bouche de métro la plus proche, on joue des coudes et enfin on parvient à trouver une faille et on pénètre dans le wagon de tête. Le wagon de tête parce qu’on aura pas à se taper ce maudit couloir, on sera plus proche des escaliers ou de l’escalator pour en sortir.

Et c’est là, à ce moment exact où l’on retrouve le boulevard que la question se pose. Est ce que j’ai bien fermé la porte de mon appartement à clefs ? On ne se souvient plus vraiment et pour cause. Dans l’urgence les gestes machinaux s’accumulent comme à la guerre sans qu’on ait besoin de se demander si on a atteint l’ennemi en plein front ou dans le poitrail.

Et là l’angoisse commence à monter d’un cran.

L’ai je bien fermée cette putain de porte ?

Cette résistance à l’oubli pour avoir eu le temps de l’analyser bien des fois je pourrais aussi la nommer l’obligation de se créer des soucis pour résister à l’oubli, que l’on confond avec une forme de conditionnement personnel.

Se créer un problème, un drame, une tragédie comme on allume une mèche, je ne vois guère d’autre explication que cette résistance intempestive à l’oubli.

On a soudain besoin de se rappeler une vulnérabilité liée à une fatalité. Combien de fois ai je ainsi oublié de fermer une porte, laissé le gaz sous une casserole, oublié de fermer un robinet et toujours en plein boulevard sous un ciel bleu magnifique de préférence.

A ces moments là un choix étrange est alors proposé.

Refaire le chemin en arrière pour aller constater ou bien s’en foutre totalement et continuer sa route. Tout oublier comme on repasse une seconde ou une troisième couche d’enduit sur un tableau qui ne tient plus dans la durée.

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