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Il y a quelque chose de contradictoire, de paradoxal, entre le fait de peindre et celui d’en effectuer la publicité. Un malaise que je ne cesse de ressentir en parcourant le fil d’actualité des réseaux sociaux. Rendre l’art public est plutôt une chose utile, je suis d’accord avec le fait qu’un peintre qui ne sort jamais son travail au grand jour est du domaine de l’enfantillage. Mais de là à mettre tout ce temps dans la publicité … Car ça prend un temps fou vraiment je peux t’en parler ça fait désormais deux ans que je m’y suis mis. Un beau matin j’ai vu une caravane passer et j’ai décidé de la suivre, pour voir comme d’habitude.

L’artiste entrepreneur serait tout d’abord un entrepreneur comme les autres. Le but de ses actions serait de vivre de son art comme un cordonnier de la réparation des chaussures. Jusque là rien de vraiment difficile à comprendre. Exit cependant l’image classique et persistante de l’artiste qui vit dans la solitude de son atelier, dans la misère la plus noire au nom de la sacro sainte créativité ! Non désolé ça ne passe plus vraiment.

Désormais l’artiste 3.0 c’est mieux.

A grands renforts de photographies, de vidéos, de podcasts, chaque domaine nécessitant un certain nombre de compétences qui ne sont pas innées. Construire un site web si tu ne l’a jamais fait auparavant, bon courage ! Légender tes images de façon pointue pour que Google te repère et te mette « en avant » c’est pareil, si tu ne comprends pas les règles tu déchantes vite.

etc etc …

En deux ans il m’aura fallu dépenser pas mal d’argent pour apprendre tout un tas d’outils et de connaissances afin de « mieux »communiquer sur mon travail de peintre. Un véritable investissement en plus des cours que je dispense et le temps que je passe à reprendre mes toiles en cours. C’est à dire des journées bien remplies.

Pas mal de temps et d’argent et au final un résultat plutôt mitigé.

Comme toujours pour comprendre ce qui ne fonctionne pas il faut remonter à l’intention.

Quelle intention était la mienne en me lançant dans cette opération de publicité ?

Pourquoi voulais je exhiber ainsi mon travail ?

Était ce pour l’argent ?

Pour flatter mon ego ?

Avoir mon petit quart d’heure de célébrité ?

Par amour des autres en voulant leur procurer un peu de joie et de bonheur ?

Montrer comme je suis « bon ».

Montrer comme je suis « con » ?

Surement un peu de tout cela

Le résultat cependant finit par m’échapper totalement se confondant une fois de plus dans l’imprévu.

Quelle image ai je ainsi construit de moi-même ? Est elle juste ?

J’avoue avoir vraiment mis tout en oeuvre pour être vraiment moi-même.

Cependant force est de constater que ce n’est pas ce que la plupart des gens désirent.

Dans la publicité l’erreur à ne pas faire c’est de partir de soi pour aller vers les autres.

Ça ne fonctionne pas du tout.

Au mieux tu te transformes en curiosité, en distraction en attendant le retour des enfants de l’école, ou bien que l’eau des pâtes bout. Un interlude.

Au pire on te zappe et tu n’existes même pas.

La publicité demande bien d’autres atouts, d’autres stratégies que celle d’être tout bonnement soi.

Il faut savoir à qui tu t’adresses avant même de montrer quoi que ce soit. C’est à dire faire fi de l’inconnu, de la surprise, de la rencontre fortuite.

Non tu dois savoir parfaitement jusqu’à la couleur du caleçon de ceux à qui tu t’adresses, ce qu’ils ont l’habitude de manger de boire, dans quel type d’habitat ils vivent, s’ils ont un chien ou un cochon d’Inde etc etc …

J’avoue que c’est un métier à part entière et que si j’en avais les moyens je déléguerais un bon nombre de tâches à des tiers.

Il me vient aussi à l’idée que je ne suis pas suffisamment pragmatique pour mener à bien ma propre publicité selon les règles de cet art.

J’ai sans doute trop de respect pour les gens pour les réduire en cibles marketing, en taux d’ouverture et en nombre de clics. Trop de respect d’un coté et aussi trop de mépris de l’autre pour un métier qui ne sert qu’à vendre de la soupe en faisant rêver à de beaux légumes dans des beaux jardins qui n’existent pas.

Cette nécessité de justesse que m’apprend la peinture n’est pas compatible avec mes croyances en matière de publicité.

Au bout du compte les réseaux sociaux sont devenus comme d’immenses supermarchés remplis de camelots. L’idée qu’ils sont indispensables pour exister en tant que peintre aujourd’hui me pose beaucoup de problèmes. Il y a des jours où j’ai envie de tout stopper, de liquider tous les comptes et de m’enfuir loin de tout ça.

Ça ne changera pas la face du monde, et n’améliorera pas mon chiffre d’affaire ni d’augmentera ma créativité pour autant. Tout au plus ce sera encore une fuite comme j’ai l’habitude de le faire quand je tombe sur l’inextricable.

Là encore sans doute il faut du temps.S’accrocher à la régularité. Publier chaque jour quelque chose non pas pour « remplir » mais pour être. Et en accord avec une intention de départ. Je crois que ce blog est un bon laboratoire finalement pour apprendre comment conserver la justesse, un apprentissage de l’impeccabilité par la récapitulation.

De nombreuses fois je me suis dit que je devais être complètement con pour noircir ainsi mon écran avec tous ces mots sans jamais penser à en tirer un profit commercial. Mais je suis rodé désormais, je tiens mon cap. C’est ma façon toute personnelle de résister à une idée de publicité en tentant évidemment d’en inventer une autre.

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