Rythmes

Ce matin une phrase du Poète d’Octavio Paz m’aide au réveil.

« Le rythme n’est pas une mesure, c’est une vision du monde. ».

Ce qui me ramène à la notion de planning. Insupportable généralement.

Ce temps commun qui réunit les personnes à des dates particulières où bien qui nous dicte plus ou moins les échéances de notre vie, les étapes aux buts que nous nous fixons, à ceux imposés par d’autres sur lesquels nous n’avons que peu de contrôle.

C’est la version désagréable du rythme que je retrouve là depuis l’enfance. Désagréable car peu compréhensible tant chaque instant est le signe du singulier autant que de l’impossibilité autrement qu’artificielle de sa répétition.

Se répéter procure un ennui, une fatigue qui généralement me mène en droite ligne vers la dépression.

Et pourtant je n’échappe pas au rythme général. Je le subis plus que tout autre chose. Par ignorance la plupart du temps et aussi par mésestime de moi-même comme de l’autre en moi.

Mésestime et ignorance vont bien de paire. Il faut attendre parfois longtemps avant d’en prendre conscience.

Si je regarde froidement mon déplacement de jour en jour, sans trop d’affect je peux percevoir assez facilement cette notion de rythme personnel cette fois.

Les périodes de dépression alternant selon un rythme bien particulier avec les périodes d’euphorie. L’entre deux est une sorte d’ennui sans véritable douleur ni joie. Un no man’s land tiède et gris.

J’en suis venu à me faire une raison que l’un n’allait pas sans l’autre et qu’il ne servait à rien de s’agiter entre les deux.

Il faut tirer partie des moments d’apnée comme de la réduction en oxygène des sommets, et apprendre à souffler entre deux.

Le rythme général contre le rythme personnel- je dis « contre » parce que j’imagine toujours qu’ils s’affrontent.

C’est dans ce contre que rien ne va plus. Le fait de ne pas adhérer, de ne pas pouvoir ou vouloir adhérer te place en marge du monde, dans une confusion des dates à laquelle rien ne semble plus résister. Aussi bien les événements personnels que collectifs forment une sorte de brouet pâteux.

Si je regarde le processus de mon travail de peintre j’ai toujours besoin de déposer sur la toile ce brouet pour mieux le considérer et en extraire des lignes de force, des masses des formes, découvrir à partir de ce mélange quelque chose que je pourrais aussi nommer rythme. Mais cette fois un rythme propre un rythme unique issu directement de la toile comme une possibilité d’être au monde différemment.

Ce qui cloche c’est que chaque toile est un univers en elle-même , une solitude particulière, comme un pan éclairé d’une plus vaste et qui ne peut communiquer, qui ne peut se déverser à nouveau dans une autre toile de la même façon dans le même rythme.

Chaque nouvelle toile est ainsi à la fois funeste et vitale.

Il faudrait que je sois déjà dans mon cercueil pour pouvoir regarder l’ensemble de toutes mes toiles accrochées dans une immense pièce. Peut-être qu’à ce moment là j’apercevrais enfin le rythme qui m’animait de mon vivant. Je saurais à quelle espèce j’appartenais.

Laurier, lièvre ou idiot du village….

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