Plus de moins

Dans le brouillard encore persistant de ce matin de septembre, un faisceau d’une luminosité pâle, un fanal. La conjonction de vibrations autour d’une même fréquence comme si quelque chose tournait le bouton des stations d’un poste à galène. Quelque chose qui ne serait pas ce petit personnage qui se met à table tous les matins pour obéir à l’injonction des mots et des pensées. Obéir pour s’en débarrasser, pour se désencombrer, pour laisser place à ce quelque chose d’autre, de plus vaste. Un silence plus vaste.

Le silence croît sous les pensées et les mots ainsi posés.

Saint Ignace de Loyola, Georges Bataille, Maître Ekhart et Tchouang Tseu confondus dans un même silence, une sorte de « taverne de la ruine » avec juste à côté de la lanterne rouge de son fronton une enseigne qui clignote : « Plus de moins »

Alors j’ai pris le chiffon fatigué soudain par les formes et les lignes qui occupaient le grand tableau, ces formes et ces lignes que je conservais comme un naufragé conserve encore un peu d’espoir. J’ai effacé dans le frais. De grands mouvements sans queue ni tête, un tourbillon de gestes.

Un sacrifice peut-être dans une attente encore. Erreur, errance, croyance en creux de l’athéisme.

Enfin me reculant de quelques pas je ne peux m’empêcher de rire. Comme c’est bien fait !

Un autoportrait en cochon… Bravo mon Grand quel humour !

Une secousse, un léger malaise encore nourrit par le petit personnage…

Alors je ne suis pas un loup, pas un lion, pas un rhinocéros ?

Je suis juste un gros cochon sur une toile de 150 x 160 cm ? Quelle blague ! Quelle déception aussi …

Et puis j’ai regardé ce paquet de désillusions comme on regarde un cône de cendres et je t’ai vue ô toi l’insaisissable et mon cœur a bondi dans ma poitrine. Et mon sentiment de perte s’est modifié, tout s’est apaisé au contact de Ta présence. Ma reine salope, ma maîtresse si dure et si tendre tout en même temps et qui m’emporte et me déchire.

Mille tableaux en me murmurant à l’oreille toujours :

Plus de moins !

Puis le cochon s’est évanoui lui aussi comme le brouillard et je me suis retrouvé déserté au seuil de la journée.

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