Concentration

Un mot suspect depuis 1974. Toujours à cause des camps. Et aussi d’un film que les prêtres polonais, presque tous survivants d’Auschwitz, nous repassaient une fois l’an.

L’histoire du père Kolbe. Arrêté par la Gestapo, il est détenu dans le camp de concentration d’Auschwitz, où il s’offre de mourir à la place d’un père de famille, Franciszek Gajowniczek. Les nazis le font exécuter au moyen d’une injection de phénol.

Je suis resté 3 ans à Saint Stanislas d’Osny près de Pontoise. Une scolarité en dent de scie. L’apprentissage se passait ailleurs. Celui de la bêtise et de la cruauté au sein des groupes.

A l’époque je me réfugie dans ce coin du parc où trône la barre fixe. Je m’exerce à effectuer des tractions sans relâche des que j’ai quelques minutes. Je ne peux me concentrer que sur l’effort physique. Ce qui me pousse ? la rage, la colère, l’impuissance, je ne sais plus.

Les images des camps n’ont plus cessé de me hanter et aussitôt que je détecte la méchanceté autour de moi je reviens à elles. La bêtise et la cruauté, l’abjection dont sont capables les membres de notre espèce me dégoute et me fascine tout en même temps.

Nous nous passons des BD aux dessins en noir et blanc qui racontent la guerre de 14-18, les tranchées, les tripes et la pourriture dont on peut sentir presque l’odeur se mélangeant à l’odeur un peu rance des livres passés entre toutes nos mains.

Concentration… c’est le mot qui revient le plus souvent ici. Il faut se concentrer sur sa tâche, sur sa tenue vestimentaire, sur l’impeccabilité des draps et de la chambre, des cahiers, des casiers.

Concentration. Les anciennes victimes peu à peu deviennent des bourreaux à leur tour.

Encore des tractions, des centaines, peut-être des milliers en trois ans, qu’il pleuve neige ou vente. Et un jour enfin je lance les jambes en avant, mouvement pendulaire et j’y arrive à effectuer cette putain de « Française ». Très vite ensuite il y aura « l’Allemande », le « demi soleil » et le « grand soleil » enfin la consécration. On gravera mon nom près de tous ceux qui sont parvenu ici à s’extraire de la pesanteur.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :