Nirvana, Dreyfus et jeu de l’oye

Tu as sans doute déjà entendu ce mot, peut-être l’as tu même déjà utilisé. En 1987 tu t’en souviens peut-être il y eut même un groupe de grunge américain qui portait ce nom. Fondé par Kurt Cobain guitariste et chanteur et le bassiste Krist Novoselic. Un peu plus tard en 1990 le groupe devient un trio avec l’arrivée de Dave Grohl, en octobre de cette année là.

En 1990 j’avais une trentaine d’années et cet automne là j’ai bien failli entrer en Franc Maçonnerie. A moins que ce ne soit l’année précédente, ou 10 ans plus tôt, à vrai dire cela n’a pas vraiment d’importance, ni vraiment de relation avec le Nirvana. Du moins en apparence.

En tous les cas j’avais été repéré et parrainé, une enquête était en cours sans même que je ne le sache. Et puis lorsqu’on m’a demandé j’ai dit non. A l’époque j’étais encore sujet aux coups de tête intempestifs. Ma difficulté à choisir, celle que je m’étais inventée car dans le fond on ne cesse jamais d’effectuer des choix, même quand on choisit de ne pas en faire, cette difficulté me portait à m’opposer à la moindre manifestation de la providence comme du destin. Tout ce qui était susceptible d’entraver ma liberté, mon indépendance , en un mot mon égocentrisme, était à flanquer sur le bas côté. Je pensais tracer ma route en singleton idéal. Sauf qu’évidemment c’était tout le contraire que j’effectuais, comme toujours.

Le mot Nirvana provient du sanskrit et signifie « extinction ». C’est l’aboutissement final de la roue des transformations, c’est à dire de la répétition par la réincarnation d’un milliard d’émotions à vivre de milliers de façons diverses et variées jusqu’à ce que ça suffise et qu’enfin la cour soit pleine. Certains textes parlent d’épuiser le désir, tous les désirs jusqu’à leur terme c’est à dire leur disparition totale.

C’est un concept que je pensais avoir mal compris à diverses périodes de ma vie. D’abord je crus qu’il fallait se garder du désir. Ensuite je n’ai plus juré que par lui pour l’emprunter autant que cela pouvait m’arranger. Dans le fond cela n’a pas d’importance, réfléchir au désir n’a pas d’importance. Nous ne sommes pas là pour ça mais pour vivre toutes les expériences de l’émotion qu’il procure. Emotion changeante qui passe d’une octave à l’autre selon l’âge, la vitesse du vent et la qualité de tabac que trouve le capitaine.

Le capitaine Dreyfus fut condamné au bagne à peu près à la même date mais une centaine d’années plus tôt. Puis acquitté lorsqu’il fut prouvé que c’était un autre officier, Fernand Walsin Esterhazy, personnage peu glorieux qui échoua à Saint Cyr et obtint frauduleusement son grade de sous lieutenant en rejoignant par la suite la Légion D’Antibes. Il participera à la guerre de 1870 puis rejoindra Paris où il s’illustre par ses spéculations boursières et son appétit pour la gaudriole avant de rejoindre comme il se doit le deuxième bureau où se trouve Dreyfus.

Cette affaire aurait pu passer presque inaperçue du grand public si elle n’avait pas cristallisé un grand nombre de paramètres à l’époque. Le fait que Dreyfus soit juif et d’origine alsacienne et que l’écrivain Emile Zola face monter la mayonnaise avec son « J’accuse », que de grandes figures politiques comme Jaures et Clémenceau participent au débat signifie l’enjeu important de cette affaire à l’époque.

tous ces éléments produisent une photographie d’une époque à peu près aussi trouble que la notre. Antisémitisme, cathos contre libre penseurs, gauche contre droite, et au beau milieu de tout cela la presse excitant les passions de la fameuse « opinion publique ».

D’ailleurs c’est peu après l’affaire Dreyfus que le général André, ministre de la guerre dans le gouvernement de « défense républicaine » de Waldeck Rousseau et reconduit dans celui d’Emile Combes après le triomphe du blocs des gauche en 1902 sera chargé avec l’aide de la Franc Maçonnerie qui possède des loges dans toutes les villes du pays d’enquêter sur chaque officier de l’armée afin de consigner leur opinion politique.

Ce gouvernement de défense républicaine tentait ainsi de barrer la route à la montée des passions monarchistes, cléricales et antisémites que manifestait une bonne moitié de la France et probablement autant sinon plus au sein de son armée.

Possible que les pays eux aussi participent à cette obligation d’éprouver des émois de tout acabit au sein de la grand roue des transformations. On pense avancer de deux cases et on recule de 4 pour repartir de plus belle suivant le résultat d’un jet de dés.

Certains disent que l’origine du jeu de l’oie provient de l’Inde antique et illustre ainsi cette fameuse roue des transformations où, plus simplement notre vie, la tienne ou la mienne pour parvenir à terme au Nirvana- qui aurait été d’ailleurs l’ancien nom de ce jeu étrange et fascinant.

Plus raisonnablement l’origine du jeu en Europe remonte au XVI ème siècle. On en trouve des traces dans un ouvrage sur les échecs réalisé par un prêtre Sicilien originaire de la région de Catania « Il gioco degli scacchi« .

Le titre premier du jeu est  » le jeu de l’oye renouvelé des grecs » pour produire une patine antique à la nouveauté de celui ci ( déposé au Registre des Libraires de Londres en 1597, et imprimé en France en 1600) A cette époque l’oie est considérée comme une sentinelle sensée nous avertir du danger ( oie provient de la même racine que oyer , oreille et entendre) L’utilisation d’un parcours en forme de spirale rappelle la symbolique du labyrinthe avec sur son tracé des puits, des obstacles, une prison, sensé conduire à l’élucidation du mystère par un mouvement de « va et vient ». Au Nirvana, à la fin, à la mort, à l’extinction aussi parfaite que définitive.

Au XVIIIème siècle le parc de certains châteaux français d’agrément contenaient un jeu de l’oie géant où les « oies » étaient figurés par des valets tandis que les invités maniaient un dé fait en bois creux. On peut voir de tels jeux dans les parcs de Chamarande et de Chantilly. Il y en avait un à Choisy le Roi.

Les collectionneurs de jeux de l’oie sont appelés ocaludophiles.

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