La première impression

Tu entres dans une pièce où se trouvent des personnes et là tu reçois un paquet de messages en vrac dont tu ne sais pas toujours quoi faire.

En général tu n’en tiens pas compte parce que tu te dis que tu ne connais personne, ou bien que tu ne sois peut-être pas très en forme, ou encore que ton objectif soit de faire connaissance pour une raison lambda et que tu ne vas pas t’embarrasser d’une première impression, celle-ci étant sujette à se modifier avec le temps parce que tu as décidé que la première impression était souvent une source de malentendus.

Pourtant la première impression comme le dit l’adage populaire est souvent la bonne. Mais comme il est aussi dit qu’il ne faut pas se fier aux apparences, cette seconde assertion court-circuitant la première.

C’est sans doute la raison pour laquelle, bout du compte tu navigues à l’estime entre l’intuition et la raison.

Pour quelle raison ne tenons-nous pas compte de cette fameuse « première impression » la plupart du temps ?

Peut-être en premier lieu est-ce la découverte d’un isolement, d’une solitude qui surgit puis s’installe, à force de ne s’appuyer que sur celle-ci.

Lorsque tout le monde autour déclare que cette première impression lorsque par hasard tu la livres et taxée d’incongruité, de ridicule, de déplacé ?

Peut-être découvres tu, à cause ou grâce à celle-ci, le doute, et que ta confiance en toi s’en trouve soudain amoindrie.

La question qui me vient tout de suite dans ce cas c’est : est-ce vraiment c’est cette première impression qui est saugrenue ou bien ta façon de l’interpréter tout haut ou tout bas, d’en faire quoi que ce soit.

Nous avons l’habitude de classer les choses, les impressions comme tout le reste en « bon » ou « mauvais ».

Et sans doute que la difficulté majeure pour s’appuyer sur l’impression est que nous cherchons immédiatement à la classer dans ces deux catégories.

Ce faisant nous n’avons pas une vision d’ensemble de cette impression si je puis dire, nous effectuons un calcul, une addition ou une soustraction et nous sommes fixés ou figés sur une notion de résultat.

« Il faut » que nous ayons absolument une bonne ou une mauvaise impression.

Or imagine que ce classement soit erroné.

Ce serait comme vouloir construire un immeuble sur du sable. Il ne tiendrait pas debout bien longtemps. C’est souvent ce qui se passe d’ailleurs avec nos impressions.

Tiens je n’aurais pas cru qu’il ou elle soit si sympa ou un crétin achevé…

Évidemment cette notion de classement perpétuel en deux camps bien distincts, il est difficile de s’en passer, au point que nous l’effectuons sans vraiment réfléchir, machinalement.

Comment se fier à des impressions alors si celles-ci semblent autant sujettes à fluctuations ?

Mais la confusion est déjà là, dans l’amalgame que nous effectuons entre impression et analyse de cette impression.

Nous confondons le doigt avec la lune qu’il désigne.

Nous possédons tous je crois cette fameuse clairvoyance que nous appelons la première impression mais très peu d’entre nous acceptent de s’y fier.

Nous ne savons pas vraiment quoi en faire. Elle nous dérange et nous la rangeons vite dans une catégorie que nous appelons imagination, voire du délire.

Lorsque je réalise un tableau que je place les premières masses, les premières lignes j’ai aussi de façon instantanée une première impression de ce que je suis en train de réaliser.

Comme tout à chacun je résume cela en bon ou mauvais.

Cela me rassure autant que ça me perturbe car je sens bien que ce jugement à l’emporte-pièce est incomplet.

C’est un peu comme une discussion entre deux personnes où l’une commencerait à vouloir s’exprimer mais que l’autre couperait soudain sans vouloir entendre la suite par un « pas la peine je la connais »…

C’est pour cela que je peux paraitre un peu cinglé à mes élèves lorsque je leur dis qu’il faut écouter et regarder ce que la toile aurait à dire.

Il faut savoir se taire et laisser la place à ce qui remonte à sa surface parfois rapidement parfois plus laborieusement.

Interrompre la conversation par un jugement du type « c’est nul » ou même « c’est excellent », c’est mettre fin à la fois au dialogue et répudier d’emblée la richesse de nos impressions en les réduisant à des peaux de chagrin.

Pour être cinglé jusqu’au bout je crois que nous sommes dans un monde de fréquences et de vibrations qui ne peuvent se classer dans nos catégories de bon ou mauvais.

À chaque instant tout est là en même temps le bon comme le mauvais, le moche et le beau, le vrai et le faux et bien sur le passé le présent et le futur qui ne font qu’un dans cet instant.

C’est l’état naturel des choses si je peux dire que ce formidable chaos.

Sans doute est-ce aussi la raison pour laquelle la matière et la dualité existent et que nous devons faire cette expérience d’exister.

La première impression nous renvoie à cette dimension absolue où tout serait là pèle mêle et qui nous apporterait une lecture instantanée d’un lieu, d’un être tellement puissant que notre cervelle ne pourrait jamais en extirper qu’une infime partie.

Cette infime partie cependant contient également le tout, on peut tenter de la scinder en autant de parties que l’on voudra ce sera toujours une représentation du tout.

Or du tout nous ne savons jamais que faire.

Donc nous séparons ce tout comme nous le pouvons, grossièrement et d’une façon rassurante en disant ceci est Bon ou mauvais etc.

Je me demandais comment on pourrait se fier à sa première impression sans aussitôt pénétrer dans le jugement de celle-ci.

Il y a une exception où l’on ne cherche plus à juger, à disséquer les choses ainsi et où on plonge totalement dans l’impression.

Le coup de foudre.

Que ce soit pour un paysage, une personne, une œuvre d’art le point commun semble être que nous n’avons plus besoin d’analyser l’impression qui nous submerge.

Cela ne dure parfois pas longtemps, parce que la vie est là, qu’il nous faut absolument courir à un rendez-vous, faire des courses, aller chercher les gamins à l’école et tout une foule d’activités que nous décidons très importantes à côté d’autres subalternes, ne valant que pour se divertir, se reposer, se changer les idées …

Nous finissons par nous extraire de l’impression et l’oublier en nous disant j’ai dû rêver.

Possible qu’à la fin de notre vie ce soit exactement la même chose.

Sur notre lit de mort qu’auront nous conservé d’impression sur cette vie ? Ce sera alors notre toute dernière impression et souvent j’ai une sorte d’étrange intuition que celle-ci pourrait fort bien entretenir de nombreux points communs avec la première.

Oui on peut se dire en dernier recours et dans un dernier souffle j’ai dû rêver. Cependant que nul à cet instant ne sera plus là pour nous contredire.

Une réflexion sur “La première impression

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