Coté cour et coté jardin

Dans le vocabulaire théâtral, le côté cour désigne le côté droit de la scène, vu de la salle, par opposition au côté jardin, qui, lui, désigne le côté gauche. Ces deux termes permettent au metteur en scène et aux comédiens de communiquer plus facilement que s’ils parlaient des côtés « gauche » et « droit », qui varient selon l’orientation du locuteur. Les machinistes situés à la cour sont appelés « courriers », et ceux du jardin « jardiniers ».

En anglais côté cour = stage left (ou prompt side PS en abrégé) – car le souffleur (prompter en anglais) était traditionnellement situé de ce côté de la scène), côté jardin = stage right (ou opposite prompt side OP en abrégé). ( extrait de Wikipédia)

Cette expression permet de surmonter la confusion que peut apporter l’obligation du changement de point de vue en 1770 lorsque la troupe de la Comédie Française est installée dans « la salle des machines » du palais des Tuileries. Cette salle donnait à la fois sur la cour du Louvre et sur le jardin des Tuileries autrefois respectivement nommés la cour du Roi et le jardin de la Reine. C’est après la révolution Française que cette expression « coté cour et jardin » est désormais employée.

Avec le temps l’expression en est venue à désigner également les deux facettes d’une personnalité publique. Vie publique et vie privée.

On pourrait ainsi retracer l’origine du modèle schizophrénique qui désormais est devenue la norme de la société Française dans son ensemble et plus généralement de la société occidentale.

Ce modèle basé sur des observations cliniques dans le domaine psychiatrique lorsqu’il est question de personnes délirantes possédant une ou plusieurs personnalités qui s’opposent entre elles est repris dans les années 1950 et se résume par l’expression  » double contrainte » qui provient de l’étude des mécanismes des systèmes. Dès 1942 l’anthropologue Grégory Bateson participe à des réunions ( conférences de Macy organisées par la fondation Macy à New York) dont le sujet porte sur la théorie de la communication et plus particulièrement sur l’homéostasie ( comment conserver un équilibre dans un système en utilisant un facteur clé pour maintenir une valeur bénéfique pour le système dans son ensemble, par exemple le thermostat d’une pièce sert à maintenir une température donnée pour maintenir le confort des utilisateurs d’un espace)

Ces conférences déboucheront en 1948 sur la création d’une nouvelle discipline la cybernétique qui est l’étude des mécanismes d’information des systèmes complexes.

Gregory Bateson utilise cette base à laquelle il a contribué pour pousser la réflexion plus loin dans le cadre plus précis de la communication humaine. Il étudie alors le « paradoxe de l’abstraction dans la communication », puis il travaille sur « l’étude de la communication chez les schizophrènes ». Pour mener à bien ces recherches, il réunit une équipe au sein du Veterans Administration Hospital de Palo Alto. Elle est à l’origine composée de l’étudiant en communication Jay Haley, de l’étudiant en psychiatrie William Fry et de l’anthropologue John Weakland. Cette équipe publiera en 1956 Vers une théorie de la schizophrénie qui marque la première expression de ce principe de double contrainte

Cette nouvelle approche qui reste liée aux avancées scientifiques en matière de systémique sera ensuite désignée comme une école de pensée, on parlera alors de l’école de Palo Alto. Elle est donc issue du même projet que celui qui a permis de présenter la notion de double contrainte, et ces participants forgeront ultérieurement l’expression de la théorie systémique en sciences humaines et poseront les bases de la thérapie familiale.

Une double contrainte désigne l’ensemble de deux injonctions qui s’opposent mutuellement, augmentées d’une troisième contrainte qui empêche l’individu de sortir de cette situation. En termes de logique, elle exprime l’impossibilité que peut engendrer une situation où le paradoxe est imposé et maintenu. Ce schéma peut être identifié dans des domaines comme l’éthologie, l’anthropologie, la situation de travail ou la communication internationale

On le présente au niveau des relations humaines comme un ensemble de deux ordres, explicites ou implicites, intimés à quelqu’un qui ne peut en satisfaire un sans violer l’autre ; comme les obligations conjointes de faire et ne pas faire une même chose. Gregory Bateson l’exprime ainsi : « vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas ». Une retranscription proposée est : Si tu ne fais pas A, tu ne (survivras pas, ne seras pas en sécurité, n’auras pas de plaisir, etc.) Mais si tu fais A, tu ne (survivras pas, ne seras pas en sécurité, n’auras pas de plaisir, etc.)

La double contrainte exprime donc le fait d’être acculé à une situation impossible, où sortir de cette situation est également impossible.

Commencer ainsi par évoquer un vocabulaire théâtral pour arriver à la double contrainte et au modèle imposé par la société actuelle révèle à quel point l’art de la manipulation aura pu faire des progrès depuis le soi disant avènement du Peuple en deux siècles.

D’ailleurs n’est il pas le premier à subir cette double contrainte dans la pièce de théâtre que la bourgeoisie lui joue sur la scène politique depuis des lustres ?


Quelle issue alors pour s’extirper d’un tel modèle ? Quelles solutions ?

La violence bien sur s’avance toujours en premier pour résoudre la plus petite difficulté. Cette violence que les politiques savent à la fois produire et manipuler à loisir en brandissant à loisir ce qui les arrange en elle continuellement.

La créativité est un autre moyen de résoudre les contradictions permanentes d’un tel modèle de société que celle ci soit philosophique économique ou artistique.

En résolvant cette contradiction entre coté cour et coté jardin à laquelle chacun de nous est confronté sans relâche dans l’observation des divers événements politiques, sanitaires, catastrophiques en général nous le savons désormais, nous pouvons désormais dépasser ce mécanisme de double injonction proposé par tout système de communication usuel basé sur le pouvoir et le profit.

Cela signifie d’être tout simplement entier et non scindé en deux parties lorsqu’on échange des informations entre nous. Cela signifie que l’on n’a plus peur non plus d’être pillé, violé, assassiné par l’autre qui utiliserait cette sincérité comme une nouvelle occasion de s’emparer des foules et de leurs âmes.

A mon avis le risque est grand de voir se déployer de plus en plus un paradigme qui prônerait d’autant la sincérité de ses membres qu’à seule fin de les manipuler plus habilement et plus sournoisement encore que jamais.

« Dites nous tout » serait le slogan qui permettrait ainsi de tout savoir sur chacun de nous pour nous vendre de façon de plus en plus ciblée dans une relation intime étonnante de synchronicité tout ce que nous pouvons espérer, désirer.

Nous avons dépassé le fameux big brother de 1984 depuis pas mal de temps, il ne reste plus désormais qu’à nous engager dans le Meilleur des Mondes celui qui, en même temps nous invite à comprendre qu’il sera bel et bien le pire.

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