Honte et fierté en peinture

La peinture en tant qu’activité artistique, en tant qu’activité humaine, exercée dans une époque et une société données n’échappe pas aux mots d’ordre qui sous la tarte à la crème que représente la renommée se résument en honte et fierté pour la plupart de ses acteurs et de ses spectateurs.

Sous couvert de termes « bouche trou » comme la beauté, le sens, le concept de quoi est-il question la plupart du temps lorsqu’on peint ?

Du regard de l’autre qu’il soit réel ou fantasmé la plupart du temps.

Est il possible de s’abstraire de ce regard ? Et quelle peinture alors serait produite par cette absence ? Où déboucherait alors une peinture qui ne serait qu’acte et qui se propagerait de toile en en toile ainsi pour échapper à tout regard déjà connu probablement dans une quête qui se tient dissimulée tout au fond de l’âme du peintre de n’être vue que par l’absolu, Dieu, le néant, le silence.

Bien sur les scories d’une telle démarche seraient des tableaux, des toiles peintes qui prisent isolément ne voudraient probablement pas dire grand chose aux spectateurs, ni même au peintre lui-même.

Il faudrait alors les rassembler dans une suite organisée, une sorte d’ordre appartenant à celui du discours. Qui aurait l’apparence du discours et qui ne déboucherait sur rien.

Une exposition à l’apparence sensée désignant son moteur, l’insensé.

Sans doute qu’en créant ce blog et en le nommant un peu par dérision « peintures chamaniques » tentais je déjà il y a désormais deux ans d’approcher ce point névralgique.

L’origine de la peinture.

Tous les textes rédigés jour après jour forment un tourbillon dans lequel ont été aspirées bon nombre de croyances, d’illusions, afin de créer ce portail semblable à un trou noir inter dimensionnel.

La question essentielle soulevée par Patrick Robbe Grillet dans ses vidéos résumerait à elle seule les 800 textes écrits qui ne le furent que pour tenter d’ôter les couches superficielles de l’illusion.

Qui est ce qui peint ?

Entre les pensées de honte, de jugement, de satisfaction grossière, de contentement benoit ?

Qui est ce qui peint ?

Finalement c’est moi, c’est toi, c’est celui qui effectue cette action qui semble sans portée, sans conséquence la toute première fois. Déposer de la couleur sur une toile vierge, c’est l’enfance de l’art si l’on veut bien le considérer simplement.

Ce qui va produire une œuvre ce n’est pas ce tableau là pourtant.

Ce qui va produire une œuvre c’est une pensée qui remue tout au fond de l’être qui s’empare du pinceau.

Cette pensée en ce qui me concerne m’est d’abord étrangère car infiniment intime. D’une intimité telle qu’on ne peut l’estimer qu’une fois le connu, l’archiconnu, le public résolu et par ricochet aussi la notion d’intimité telle qu’elle est vendue.

C’est par l’étranger que l’intime se dévoile. C’est aussi ce qui nous effraie, cette mise en présence soudaine avec cet autre inqualifiable qui est la plupart du temps tenu à distance, au delà des frontières.

Parce qu’en allant vers lui, ou lui allant vers moi, se manifeste le désert, le silence comme seul lieu véritable, suffisamment vaste pouvant accueillir la rencontre.

Cette honte et cette fierté qui toutes deux me conduisent et en même temps m’entravent pour m’apercevoir en l’autre ne sont que des personnages de théâtre, des ombres qu’aucune gloire à venir, aucune postérité ne permet d’excuser, de valider, de rassurer.

Cette honte et cette fierté ne sont que les pièces manquantes d’un puzzle inabouti, inachevé dans son essence.

Un commentaire sur “Honte et fierté en peinture

  1. Un beau sujet à réflexion 🙂 Qui est-c qui peint ? C’est celui qui entend la réponse à la question et qui ne s’identifie pas à la pensée entendue… peindre est pour moi le moyen utiliser pour parcourir le chemin de la découverte de soi. Et c’est un beau cadeau, presque inespéré, pour ma part de faire ce chemin accompagné de la peinture.

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