Instants propices

Imagine que tu te connaisses non d’une façon approximative, par l’habitude, où ce que tu crois penser de toi-même, mais que tu réalises une véritable démarche scientifique te concernant.

Prendre un cahier par exemple et noter au fur et à mesure des jours la date et l’heure des moments où tu te sens bien, où l’acte de peindre représente bien plus pour toi un plaisir qu’une difficulté à résoudre coute que coute…

Ainsi tu pourrais étudier par l’invention d’un programme en te testant de jour en jour à quel moment de la journée tu es le plus ceci, le moins cela et en tirer des règles, des lois personnelles.

Pour cela il te faudra t’extraire sans doute du confort de l’habitude qui t’impose de ne peindre que le matin, ou l’après midi, en soirée.

Il faudrait tout reprendre à zéro en te disant que cela ne coute rien d’essayer après tout.

Et chaque jour ne pas oublier de noter ce qui s’est passé.

Cela pourrait mener à un changement d’habitude mais ce serait de toutes façons une habitude encore.

La régularité est une chose comprise désormais. Sans régularité dans l’exercice d’un art, il ne peut pas se produire grand chose.

C’est la croyance que tu t’imposes en écrivant, en peignant de façon régulière chaque jour et le gain que tu penses obtenir de cette régularité c’est une œuvre.

Comme on t’a appris que les fruits et les légumes demandent attention et temps.

La tradition n’est pas à contrer de façon systématique. D’ailleurs une tradition chasse une autre mais demeure tradition au bout d’un temps donné.

Il ne peut pas vraiment y avoir d’originalité qu’en étudiant le fondement même de la tradition. C’est une originalité sans tapage qui joue sur le subtil, le presque rien. L’épaisseur particulière d’une courbe, l’espace entre deux points, une couleur rabattue qui n’a l’air de pas grand chose mais dont l’absence, tu le sens ficherait en l’air tout le tableau.

Est il raisonnable de chercher ainsi à s’améliorer dans la connaissance de soi et de son art en s’épluchant de jour en jour ?

Et en quoi l’absurdité qu’on éprouverait à pratiquer de la sorte ne serait pas le germe d’une évidence à venir ?

Nul ne le sait.

C’est pourquoi lorsque les idées surgissent il faut les prendre comme elles viennent. Comme des filles idéales que l’on suit pour ce que l’excitation seule produit en restant conscient de l’appât que l’on s’invente pour se mouvoir.

Le problème vois tu c’est qu’à peine entrevu ce système d’analyse de soi s’effondre déjà.

Comme une fille qui pousse une porte et disparait de ton champs de vision pour toujours.

Et tu restes assis là comme un con devant ton chevalet devant ta toile blanche

sur laquelle ne cesse de se dérouler le fascinant film de toutes tes vies jamais vécues.

Illustration Pierre Alechinsky Lithographie

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