Investir dans la peinture

Je ne vais pas te parler d’argent. Mais d’une chose plus encore sournoise que l’argent, à mon sens que représente l’investissement dans une activité artistique. Et, comme je suis peintre, je vais te parler de l’investissement dans la peinture.

Investir la peinture comme on peut investir un lieu, un être pour au final se déposséder totalement de soi. N’est ce pas un retournement des choses surprenant ?

On investit généralement en vue d’un gain, d’un profit qui ne sont guère que des variations sur le mot « exister ».

Je me souviens d’avoir ri malgré moi lorsque j’ai lu la fameuse phrase du poète Rainer Maria Rilke : « Pourriez vous vivre sans écrire » lorsqu’il s’adresse au jeune poète.

Ce rire si incongru découlait de l’incongruité de cette pensée qu’on ne pouvait vivre qu’ainsi attaché comme un cheval de bât, sous le joug d’une passion.

Cela me paru tellement absurde que j’en ai senti immédiatement la véracité lovée comme un serpent que l’on dérange et qui est prêt à mordre.

Et cependant malgré l’incongruité, malgré le désabusement cuisant que m’apporta la leçon qu’ai je donc fait d’autre dans ma vie, pour exister, qu’investir sans relâche, les lieux, les êtres, la peinture ?

Comme une longue et pénible vérification d’une intuition.

Fort heureusement ma volatilité, mes relations amicales avec l’hermétisme, m’auront flanqué une paire d’ailes aux chevilles et je découvrais peu à peu que la seule stabilité qui me convenait vraiment était le perpétuel changement.

Ce qui ne tarda pas à produire une œuvre tout aussi hétéroclite que ma vie.

Des centaines de toiles qui forme une assez juste idée du chaos si on les rassemblait toutes en un même lieu.

Ainsi mon investissement dans la peinture me mène t’il à ce constat que je n’ai jamais eut de cesse de représenter le chaos, mon chaos avec en prime cette confusion dans laquelle je me suis installé que mon chaos et le chaos étaient une seule et même chose.

Erreur magistrale.

Ruine totale.

Donc il me faut accepter cette chose nouvelle désormais, étonnante, épatante.

Je n’ai rien chercher d’autre que cette ruine en m’appuyant sur des investissements contreproductifs à souhait.

Des investissements qui ne rapportent rien.

Parce que le but véritable n’est pas autre chose que le rien.

Cela semble parfaitement farfelu donc encore une fois source de justesse.

Et si je désirais étendre cette découverte à tout le système capitaliste dans son entièreté je me demande si au final le but n’est pas exactement le même que le mien.

Tout ce déploiement d’argent, d’aventures, de passions, de mensonges et de scandales, de malheur et de bonheur pour parvenir au grand Rien, il me semble que nous n’en sommes pas bien loin.

Illustration « rayures » Daniel Buren

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