L’entrepreneur et l’artiste.

Certains parviennent à monter leur entreprise sans difficulté, comme d’autres à peindre des tableaux avec une aisance et une facilité qui décourageraient les plus persévérants, les plus besogneux.

Le fait que le succès attire le succès n’est plus à remettre en question. Comme l’échec attire l’échec non plus.

Pour celle ou celui qui réussit les frontières du possible s’ouvrent sur l’horizon alors qu’elles se referment peu à peu sur celle ou celui qui rate tout invariablement.

La confiance en soi et le doute permanent finissent par définir à gros traits l’identité des entrepreneurs et des artistes ainsi classés sommairement.

Voilà l’énoncé, l’hypothèse la plus souvent donnée, la réussite est liée à la réussite et l’échec à l’échec par la dose de confiance que l’entrepreneur ou l’artiste s’accorde à lui-même avant tout.

Mais que signifie avoir confiance en soi véritablement en tant qu’entrepreneur ou artiste.

De l’extérieur on ne voit que la photographie d’un moment du parcours, celle qui s’affiche en première page des magazines, des journaux, à l’affiche. Cette image semble être le but, la finalité et pourrait être traduite par les mots notoriété, reconnaissance, succès à l’emporte pièce.

Cette photographie n’est cependant que ce qu’elle est : un instantané.

Honnêtement on ne bâti pas une entreprise ou une carrière d’artiste pour se satisfaire si réussie soient elles, d’un cliché pris au 60 -ème de seconde, objectivement.

C’est dans la partie invisible qu’il faudrait aller pour comprendre à quel point la vie, les motivations profondes d’un entrepreneur peuvent ressembler à celle d’un artiste.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je ne pense pas que ce soit l’argent la motivation principale d’un entrepreneur authentique.

Bien qu’on entende beaucoup parler d’argent, de gain, il n’est qu’une conséquence et jamais une cause.

Entreprendre, créer tient beaucoup plus du partage que du profit.

On peut ensuite creuser cette notion de partage et lui chercher des raisons bien sur.

Cependant , que ce soit par l’entreprise ou par l’art, je crois que l’on affine peu à peu nos motivations profondes , qu’on s’en rend de mieux en mieux compte qu’on élimine au fur et à mesure celles qui ne tiennent pas.

Cela fait plusieurs semaines, mois, que mon activité est au point mort financièrement en tant que peintre mais ça ne remet pas en question le fait que j’ai besoin de continuer à peindre et d’exposer.

ça remet en question les buts fixés et qui désormais sont illusoires, pour revenir à quelque chose de plus sain, de plus simple aussi.

Lorsque j’ai quitté le monde de l’entreprise en tant que salarié c’est posé le problème de l’indépendance financière. Comment gagner ma vie ?

J’ai examiner mon train de vie, mes besoins et j’ai tout mis sur une balance virtuelle avec ce que je pensais vouloir absolument à l’époque.

C’était un risque important que je faisais prendre à ma famille. Ce risque évidemment provoquait une pression, une urgence et l’objectif était de ne pas décevoir.

Cela me préoccupait tellement que ça brouillait ma vision. J’étais incapable dans le fond d’obtenir la paix, le calme, la tranquillité que j’avais espéré car j’avais toujours cette épée de Damoclès, la possibilité d’un échec à venir.

Du coup j’en ai parlé longuement avec mon épouse. Nous avons fait nos comptes, réduit nos dépenses en misant sur le fait qu’il s’agissait d’une sorte d’investissement. La patience était notre seule capacité commune d’investissement.

Ouvrir un cours de dessin et de peinture semblait être la meilleure solution à l’époque pour permettre à mon activité de peintre de ne pas être un pur fantasme.

Cela a fonctionné et j’en ai acquis une confiance dans le fait que je pouvais être autonome, même si la liberté financière était encore assez loin.

Ce n’était que le tout premier pas dans l’inconnu, mais c’était le seul que je pouvais effectuer vraiment. D’autres ont suivi ensuite lorsque le nombre de mes élèves s’est mis à grossir, mon chiffre d’affaire également et j’ai donc décidé de prendre un local plus grand.

J’ai pu ainsi avoir jusqu’à une trentaine d’élèves. J’ouvrais presque tous les jours de la semaine. Parfois même le dimanche. Je trouvais un peu de temps entre les cours pour peindre mais j’étais tellement content d’avoir réussi à créer mon activité que cela ne me posait pas de problème. J’étais parvenu à résoudre la première partie de mon équation : créer mon propre job et gagner suffisamment d’argent pour ne pas avoir honte de moi-même, pour ne pas avoir à éprouver de regret d’avoir osé tout lâcher de mon ancienne vie professionnelle. J’avais crée une autre forme de prison aussi mais je ne m’en rendais pas compte.

Cependant mon cerveau est fait d’une telle façon que je m’ennuie assez rapidement de tout. Je ne sais pas vraiment aller en profondeur. Lorsque j’ai commencé à donner mes cours je ne voulais pas affliger à mes élèves un enseignement académique et j’ai donc crée avec le temps, l’expérience une pédagogie originale. En fait je me faisais surtout plaisir. Et puis cela me permettait d’expérimenter tout un tas de techniques, d’idées en les partageant avec les élèves. A vrai dire lorsque j’y repense j’ai sans doute perdu beaucoup d’argent ainsi mais je ne pense pas que cela soit un si mauvais calcul au final.

J’avais à l’époque deux solutions. Satisfaire le désir des personnes qui venaient à mon cours de réaliser des copies de tableaux et de photos ou bien les emmener vers une autre idée de la peintre, en dehors de ce que j’appelle des clichés, afin de découvrir leur potentiel créatif.

La longueur d’un apprentissage académique me semblait fastidieuse pour des personnes qui souvent avaient dépassé largement la quarantaine. J’avais peur qu’elles ne s’ennuient comme moi je pouvais m’ennuyer dans un tel parcours.

Aujourd’hui que je regarde ce cheminement de prof je le trouve intéressant parce qu’il illustre un des principaux malentendus que rencontrent les artistes comme les entrepreneurs.

Il ne sert à rien de vouloir être original.

Il faut observer la réalité telle qu’elle est vraiment et comprendre les besoins des personnes qui veulent apprendre le dessin et la peinture.

Les besoins qu’ils parviennent à énoncer, comme pratiquer une activité de loisir, se détendre, comme ceux plus narcissique de se lancer à eux mêmes des « challenges » sont des besoins classiques, des besoins d’entrée de gamme que je dois parvenir à satisfaire de toutes façons si je désire qu’ils reviennent.

Je pourrais me satisfaire de cela seulement l’ayant compris.

Mais j’ai aussi compris que derrière ces besoins énoncés de façon confuse, il y en avait d’autres. Moins faciles à dire comme l’envie de s’épanouir, de se connaitre mieux, de partager quelque chose du plus profond d’eux mêmes. Des besoins liés à l’émotion qu’on ne peut mettre en mots. Un mystère.

Alors j’ai continué à inventer de nouvelles stratégies en m’appuyant sur la philosophie, sur les concepts, sur la poésie, sur la musique pour transmettre tout ce que je découvrais parallèlement en moi en le créant.

Plus qu’une idée de sincérité, d’authenticité qui ont comme limitations des valeurs morales, j’ai plutôt persévéré vers une mathématique particulière elle aussi qui produisait un résultat s’approchant de la justesse.

La justesse étant en même temps pour moi une des inconnues d’une équation à résoudre.

Je crois profondément que l’on peut se perdre totalement dans l’idée de liberté que ce soit dans l’art ou dans la création d’entreprise si on ne s’attache pas à l’idée de la justesse.

C’est extrêmement difficile d’autant que l’on possède en même temps ce rapport bizarre avec l’ennui avec la routine, avec la répétition.

C’est pourquoi la plupart du temps les séances à l’atelier ne se ressemblent pas, pas plus que mes tableaux ne se ressemblent comme on a l’habitude de comprendre le mot.

Je dirais que le lien qui réunit toutes ces choses est la volonté de dire la même chose de façons aussi variées que possible pour permettre une multiplicité d’angles de vue.

Une œuvre ce n’est pas un tableau, ce n’est pas un contrat, ce n’est pas un mois de chiffre d’affaire ni un bénéfice en fin d’année.

Une œuvre c’est la somme de toutes les actions que l’on effectue pour lutter contre l’ennui, contre la banalité, contre le « c’est comme ça »

La plupart du temps lorsqu’on se trouve confronté ainsi à cette œuvre le spectateur ne peut rien en dire à part c’est génial , c’est super, c’est beau et toute une collection que nous avons à disposition pour éluder ce que nous éprouvons en profondeur.

C’est à dire la réalité qui perce au travers d’un tableau ou d’une entreprise et qu’on ne voyait pas auparavant. En la découvrant ce qui est génial c’est que nous sommes aussitôt pris dans son mouvement et que nous devenons, chacun d’entre nous des acteurs ayant la possibilité de la vivre.

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