Le partage

Soudain m’est revenu du plus profond

les larmes, les cris, les coups accompagnés d’insultes.

« Avec tout ce que nous avons sacrifié pour toi, tu n’es même pas capable de partager ».

A l’époque je n’étais que roc replié sur mon silence. Partager c’était livrer et ne plus jamais retrouver.

Livrer comme des têtes réduites, les jaquettes de bouquins achetés presque au poids pour avoir l’air. France Loisir.

L’étouffante bibliothèque en acajou sanglant flotte au dessus d’une mare de sang.

Elle fut en premier au rez de chaussée de la maison familiale dans un bureau surchauffé. La cheminée dévore des bûches, mon daron des livres.

Une odeur suffocante d’Amsterdamer et de vieux cuir.

Puis de maison en maison j’ai pu assister à différentes installations.

Mais toutes n’exprimaient toujours que la seule et même chose.

Le repli dans les livres. L’égoïsme et la satisfaction benoite du collectionneur.

« Avec tout ce que nous avons sacrifié pour toi ! »

Ma mère en avait fait un mantra dont elle me serinait à haute voix autant qu’elle le pouvait.

Par ennui probablement.

Pour dire quelque chose.

Pour dire une plainte mal adressée.

Une maladresse.

Sacrifice, Sacré fils. Sacré autant que son inverse. L’aversion.

En moi l’adversaire pénétra ainsi au plus profond par la voix maternelle

Cherchant à expliquer le père.

Ton père qui se sacrifie évidemment.

Ton père qui travaille tant

Ton père qui, uppercut et percolateur, te flanque toutes ces torgnoles

et ces tartes et ces gifles et ces coups de ceinture et ces coups de chaussure

Toi sale chien.

Humilié

Un roc replié rêve de silex c’est ainsi que la dureté aussi est venue

Par le père par la mère et le saint Esprit.

La vapeur de la dureté comme un gaz issu d’une douche froide.

Concentration absolue alors pour ne rien perdre.

Rester pierre.

Pas bouger.

Tu ne sais rien partager

Tu ne sais pas diviser

tu ne sais pas faire la part des choses

La confusion est de la lave durcit.

Après tant de catastrophes, de tremblements de moi, d’erruptions

La confusion est le lieu secret

ou git le feu ancien.

coute que coute.

Le feu froid de la dureté

ce gel qui laisse sur les barrières de fer des lambeaux.

On ne peut se fier qu’à l’os.

a cette embarcation que représente l’ossature seule.

Pharaon solitaire remontant les fleuves, les rivières

Pour rejoindre l’éclipse.

soleil et lune s’annulent.

Le partage confondu avec le don.

Fusion.

C’était leur malentendu

Notre malentendu

Ils voulaient que je leur donne et ils invoquaient le partage

par pudeur seulement peut-être

et ça les enervait

les mettait en colère

que je ne puisse entrevoir toute cette incapacité

avec tous ces livres pourtant

autour de nous

de ne pas pouvoir se pencher pour de bon

sur le vrai sens des mots.

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