Comment protester ?

L’inde ultra violente a produit Gandhi qui pour protester enjoignait à la non-violence. S’opposer, quelque soit le moyen employé ne change rien à cette décision qui surgit de soudain s’opposer. D’ailleurs ça finit toujours mal. Gandhi, Luther King… on peut remonter 2000 ans en arrière, au commencement de notre ère il en va toujours ainsi.

S’opposer, protester semble être l’autre face nécessaire à l’apparition du visage de Janus.

Et comme pour un tableau que l’on regarde en prenant de la distance on peut alors voir l’équilibre exact ou non des forces en présence.

J’ai souvent eu le sentiment que le sombre l’emportait, que c’était son rôle de l’emporter. Comme dans un portrait on ne laisse que très peu de lumière pour le rendre vivant, Le blanc par sa rareté prend de l’importance. Il suffit parfois d’une tâche, d’un point, pour éclairer la pire des obscurités constituée de boue et c’est justement là que l’on peut s’apercevoir de la nature et de la fonction des ombres pour révéler la lumière.

S’il en est ainsi une manière de protester contre le tohu bohu général, contre la boue produite par la pensée unique, par les mots d’ordre et toutes leurs légions d’informations serait de s’employer à être là. Etre où l’on est. Dans l’instant et dans le lieu car c’est seulement là que je puis agir.

J’ai cette sensation parfois qu’il suffit de prendre le balai et de balayer le sol de mon atelier, pour balayer les illusions qui constituent pour moi « le monde ». Car après tout qu’est ce que je connais de ce monde qui ne passerait pas par mes sens ? Rien, absolument.

Juste la rumeur qui s’associe à celle que je fabrique à partir de ces sens. Pour être là et créer une sorte d’ailleurs renforçant ma présence ici, dans ces lieux.

Etre ici et ailleurs en même temps ne m’a jamais rien valu de bon. D’utile. C’était même à mon avis une tentative assez désespérée d’échapper à la notion d’utile qui m’échappait totalement.

Peut-être me suis je égaré totalement dans l’inutile juste pour ça. Ce serait une magnifique raison. Comme un athée s’opposant à l’idée d’un Dieu, le refusant, protestant, à seule fin qu’il surgisse enfin.

L’utilité, aussi mystique qu’une quête spirituelle.

Redonner à ce mot un sens personnel et non rabâché par tant de bouches l’employant sans y penser.

Il se peut que je me trompe totalement en pratiquant presque toujours à Rebours. Ceci aussi est une finalité. Se tromper, pour éprouver la déception au bout d’un espoir débile.

Une déception débile elle aussi.

Une fois j’ai tout brûlé déjà et cependant je ne peux dire dans quelle mesure cet acte fut utile à la construction d’un mieux, d’un espoir plus juste comme d’une déception plus tempérée.

Quelque soit ce que je peux faire, protester ou pas je ne peux entraver la marche du monde, ni la marche de ma vie. L’animal psychologique et émotionnel se jette dans tous les pièges invariablement parce que c’est justement son rôle.

Au delà se tient le peintre, à quelques mètres en retrait, le peintre ou l’écrivain, il faut toujours cette distance exacte pour éprouver les édifices et constater leur équilibre.

Et si ça ne tient pas debout il faut s’y remettre voilà tout. Protester ça pourrait être cela en fin de compte, ne pas se laisser happer par les faux espoirs, l’imagination et ne pas se jeter non plus dans la déception comme dans ceux d’une vieille maitresse par nostalgie.

Etre là. C’est surement déjà protester suffisamment.

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