Les actualités

Ce terme qu’utilisaient mes grands-parents et qui depuis est remplacé par les « informations » n’était pas bien précis. Dans une large mesure il est faux. Sauf que le pluriel lui apporte une petite touche de variabilité à prendre avec des pincettes.

Les informations informent un vide sidéral, le remplissent, jusqu’à déborder. On pourrait parler d’une crue d’informations d’une inondation. Les actualités me semble t’il, on savait qu’elles étaient changeantes, que c’était proche du climat, avec ses journées de beau temps et ses périodes de temps de chien.

Le baromètre est l’émotion, un mercure aux pieds ailés qui ne cesse de jouer du yoyo avec les nerfs.

Bien sur on peut couper toutes les sources, tenter de colmater nos journées de tant et tant de nouvelles qui, à force de se ressembler finissent par se noyer dans un magma de peur, d’angoisse. Elles n’en demeurent pas moins là, dans l’air ambiant aussitôt que tu sors de chez toi et que tu te rends chez le boulanger, chez le boucher, partout.

A moins de vivre en ermite, on ne peut y échapper totalement.

Les actualités, les informations sont comme des loups qui te sautent à la gorge aussitôt que tu mets le pied dehors.

J’ai beau m’entrainer, m’encourager à penser autre chose que le bruit de surface que produit la peur, tenter de l’amadouer ainsi, de la dériver pour produire une sorte d’énergie utile. Ce n’est pas facile tous les jours.

Car tout semble imbriqué comme un jeu de poupées russes. Une peur en contient une ou plusieurs autres et on a beau tenter de les réduire en poudre, le pauvre résidu qu’on y trouve à la fin sait tirer partie de nos existences toutes entière.

S’accroche comme un lierre à la moindre aspérité que la bonne humeur en suspend laisse apparaitre.

Une porosité contre laquelle il ne sert de rien de combattre, car combattre renforce, rend présent.

Alors je peins avec ce rien, ce presque rien cet entre deux, entre peur et calme en observant leurs ébats, en prenant le recul nécessaire pour regarder la toile, pour la voir.

Ces derniers jours je n’ai guère le cœur à la couleur, je ne veux pas me faire le chantre d’une espérance en laquelle je ne crois pas. Je ne veux pas y croire surtout. Pas d’enthousiasme forcé non plus.

Etre là seulement dans le travail, méthodique et m’accrochant à ces processus que je mets en place sur le coton et le papier en commençant à l’acrylique noire diluée.

Atteindre à une pauvreté de pensée, d’émotion pour laisser la place à ce qui se peint. Pénétrer dans l’impuissance en renonçant à toute idée de contrôle, de pouvoir. Traverser l’impuissance comme une mer sombre ainsi que je recouvre de bleu cian afin de l’enterrer, enterrer sous le bleu dans le bleu par le bleu les formes et les lignes sombres qu’elle fait sourdre pour abîmer le trop plein de lumière.

Et, ce faisant en laissant l’ombre, le noir, envahir l’espace, en les recouvrant de bleu pour les unir en un tout de faibles lueurs parviennent malgré cela à sourdre du tableau.

Comme une plante entre deux pavés, sur un mur.

Cette lumière là me semble juste, accordée aux temps actuels, perçant entre les actualités et l’information elle semble toujours dire « c’est comme ça » la vie est forte dans sa fragilité. Seulement dans la plus grande vulnérabilité. Sans esbrouffe, sans tapage, discrète.

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