Etre maître

Une des occasions de tristesse dont je ne me prive pas c’est de constater à quel point les opinions de chacun ne sont rien d’autre qu’un uniforme qu’on emprunte au premier économat venu. Chaque évènement ainsi ressemble à une fête, anniversaire, mariage ou enterrement où l’on croit qu’il nous faudra nous affubler des vêtements appropriés.

De toutes ces tristesses traversées j’ai fini par en prendre mon parti car la récurrence du sourire, comme une ile finit toujours par arriver, tôt ou tard. Parfois on atteint l’ile comme naufragé, d’autre fois on y accoste gentiment à l’aide d’une chaloupe.

Mais il en est ainsi : le seul vrai sourire que je peux esquisser vraiment passe par la traversée des tristesses les plus profondes.

Au bout du compte je me demande si parfois je ne plonge pas dans la tristesse à cette seule fin.

Mais tout de même parmi toutes les choses que je trouve lamentables c’est ce besoin qu’à l’être humain en général, je m’y inclu naturellement, de se confier à un tiers pour tenter de valider sa propre existence. Pour ne pas sombrer dans ce qu’on imagine être un désastre.

A l’école on nous impose le maitre ou la maitresse. A l’usine on a affaire avec le contremaitre, dans les bureaux au sous chef, au chef, au patron… à l’église au curé et au bistrot au tôlier comme au bordel à la mère maquerelle.

Bref où qu’on aille on ne peut pas s’empêcher de tomber sur un maitre. A croire qu’on le cherche il n’y a qu’un pas.

Mais dans le fond des choses je me suis souvent dit que je n’en avais pas besoin. Je veux dire de tous ces maitres désignés ou auto proclamés comme tels. Je désirais devenir, et c’est là ma plus belle erreur, mon propre maître.

Et si je dis que vouloir devenir un maître est une erreur c’est qu’on ne peut pas le devenir partant du fait que nous le sommes tous déjà.

Etre et « être maitre » c’est strictement la même chose.

Je crois que c’est très ésotérique. C’est un savoir caché par ceux qui le savent depuis belle lurette. On n’en parle qu’à mi voix et de préférence avec un jargon hermétique. Il ferait beau voir que d’un coup la nouvelle se propage… que l’on découvre le pot aux roses.

Alors il en serait définitivement terminé des « faux maitres » et de notre bêtise à les proclamer sans relâche à seule fin de les assassiner sitôt qu’on découvre la supercherie.

Cette violence, cette confusion, cet oubli qui font que nous ne nous rappelons rien de notre véritable nature sauf de la projeter inconsciemment sur certains comme des marionnettes, des pantins que l’on sort à l’occasion de défilé sous les lazzi et les ollé pour parvenir au clou du spectacle : le bucher sur lequel invariablement on les cramera.

Etre maitre tu sais c’est un joli pléonasme. Une faute de français. On est, ça suffit amplement et puis voilà.

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