Dépoussiérer la bienveillance

J’ai beau essayer, réessayer encore je n’arrive toujours pas à trouver suffisamment de bienveillance en moi pour ne pas m’emporter soudain à la nouvelle de ce nouveau confinement qui sonne le glas du modèle économique que j’avais trouvé, non sans fierté pour vivre sans patron sur le dos.

Je suis ce qu’on appelle un « indépendant ». Mon activité se divise en deux parties. Je donne des cours de dessin et de peinture et j’ai une petite vingtaine d’élèves qui me permettent si je retire les charges de gagner un peu moins que le smig. La seconde partie de mon activité repose sur la création de tableaux, les expositions et l’alimentation des réseaux sociaux afin de promouvoir ces deux passions car jusque là j’ai eu cette chance de vivre de mes passions, j’adore enseigner et j’adore peindre.

Bien que ce soit « prévisible » ce second confinement m’ébranle naturellement. Je veux dire qu’à la nouvelle j’ai lancé « un merde de merde et remerde » en plein salon. Le teint de ma peau s’est mis à s’empourprer et je me demande même si je n’ai pas sauté en l’air en me levant du canapé. Juste histoire de me libérer d’un trop plein, d’un ras le bol dû à « je ne sais quoi » en définitive.

Car évidemment je pourrais m’en prendre directement à ce type, au président qui d’un ton décalé nous a annoncé la nouvelle dans le poste. Je pourrais me dire que ça ne le dérange pas d’un iota de confiner tout un pays, il continuera quant à lui à recevoir ses émoluments de président ainsi que tous les privilèges qui les accompagnent et qui sont liés à sa fonction. C’est à dire que non seulement il me prive de mon activité par sa sentence mais qu’en plus je vais payer des impôts, des charges pour l’en remercier en quelque sorte.

Ma bienveillance aurait encore pu encaisser cette ineptie si je ne m’étais mis à songer aux quatre semaines à venir, à l’atelier vide, à toutes ces personnes qui viennent partager un moment ici et qui leur procure cette joie de dessiner et peindre en groupe.

J’ai ensuite pensé à ce courrier de l’Urssaf reçu le jour même m’informant des dernières mensualités à payer étalées sur ces deux prochains mois , d’un bon montant d’ailleurs alors qu’une rumeur d’exonération flotte encore dans mon souvenir.

Enfin j’ai pensé à la pièce qu’il faut désormais remplacer à la chaudière et qui va encore nous amputer d’une coquette somme.

Tout cela en même temps.

Dur dur de rester bienveillant.

Et pourtant, ce matin c’est le premier mot qui me vient accompagné de l’image de mon grand-père.

Si j’ai pu conserver dans mon esprit une incarnation de ce que peut être la bienveillance faite homme, je le dois à ce grand père.

Ma grand mère nommait plutôt cela de la connerie en barre ou de la lâcheté.

Et c’est exact que par soucis d’équité et de respect, mon cœur penche toujours de part et d’autre de ces deux versants que contient le terme de « bienveillance ».

D’ailleurs dans le bon sens populaire tu connais certainement l’expression « trop bon trop con ».

Du coup je repense à la notion de choix. Car il ne s’agit de rien d’autre au final. Nous avons toujours le choix entre être bon et con. Sauf que comme toujours c’est le but que l’on se fixe qui compte et pas uniquement le chemin que l’on emprunte, disons que c’est un ensemble.

Quel but recherche t’on lorsqu’on veut toujours être bienveillant ?

Quel but recherche t’on lorsqu’on désire arrêter de l’être ?

Il me semble que c’est encore une fois une question d’image à projeter de soi vis à vis du monde.

Dans le fond qu’on soit bienveillant ou pas n’empêche pas l’imprévisible de venir nous heurter de temps en temps et de nous déranger dans nos postures confortables, ou pas.

Et comme il s’agit avant tout de vivre dans cet imprévisible tu pourrais penser que se poser si tôt le matin des questions à propos de la bienveillance est une blague.

Pas du tout !

Je crois qu’au contraire il faut justement atteindre à ce socle de bienveillance, le dépoussiérer de la quantité de bêtise qu’on dépose généralement dessus.

La seule bienveillance qui vaille est une bienveillance face à l’imprévisible, pas forcément envers les gens qui nous entourent. Il se trouve cependant que ça fonctionne bien pour les deux une fois que l’on est vraiment au clair avec ce mot.

En ce qui me concerne je n’ai pas peur de me mettre en colère, je pourrais même flanquer une torgniole à certains et ce ne serait que de le bienveillance pure car mes intentions restent désormais limpides.

2 commentaires sur “Dépoussiérer la bienveillance

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