L’urgence et la créativité

Tout à coup un paradoxe s’installe doucement sans même que tu n’y prennes garde. A la fois cet arrêt brusque de l’ensemble de tes activités habituelles, celles qui te propulsent vers l’extérieur pour dispenser des cours, pour te rendre à des expositions, où te rendre tout bonnement passer une soirée entre amis et cette étendue quasi illimitée que représente les 4 semaines à venir de ce nouveau confinement.

C’est un paradoxe l’association de deux idées contradictoires dont le facteur commun est le temps.

Le temps que tu connais semble se modifier dans sa substance. Il n’y a plus que le souvenir d’un rythme qui se heurte à l’absence. Une trace fantôme.

Evidemment on pourrait penser que la force cinétique te propulsera sans trop d’effort encore quelques jours sur ta lancée, mais d’ors et déjà l’idée de l’arrêt, de la stagnation, de l’immobile se fait jour peu à peu accompagné par la peur, l’angoisse que représente cette « mort du temps ».

C’est à dire ce temps dépourvu de contenu dépourvu du sens que tu y attribues généralement.

Pendant quelques jours lors du premier confinement je me souviens avoir beaucoup lutté pour ne pas me laisser glisser dans cette absence déjà. J’ai mis en place toute une foule de stratégies en me frottant les mains de contentement, dans un enthousiasme évidemment exagéré, qui ne servait qu’à contrecarrer la déprime que je sentais roder tout autour de moi.

Et finalement je n’ai pas fait tant de choses que je l’avais espéré déjà et j’ai été un peu déçu en proportion de cet espoir conservé si je puis dire « du bout des lèvres ».

A vrai dire je ne me suis concentré que sur les textes de ce blog dont je suis parvenu d’une façon très brouillonne à constituer deux livres.

Si je reviens sur le moteur que j’ai mis en place à ce moment là il m’a paru utile d’installer une urgence pour ne pas me dissoudre totalement.

En repensant à cette astuce je me suis mis à revisiter une fois de plus de nombreuses périodes de ma vie et j’ai fini par conclure que j’avais souvent utilisé depuis très tôt ce mécanisme de l’urgence.

C’était dans le dur, dans le réel, c’est à dire que je n’en avais pas vraiment conscience. Tu connais peut-être cela toi aussi, si comme moi, tu faisais ton exercice de maths à la dernière minute, ou encore ta dissertation sur un coin de table de café, ou bien si tu avais à torcher un tableau Excel, un mémo, un planning avant la réunion de 9h le lundi matin au boulot.

Je n’ai jamais pris le temps de réfléchir à cette régularité de l’urgence pour régler les corvées car évidemment la fameuse « dernière minute » est souvent attribuée à ce genre de tache qu’on n’a pas envie de faire.

C’était quelque chose d’insupportable pour mes parents déjà, puis pour mes compagnes successives et le fait de tout remettre ainsi quasiment au hasard, à l’inspiration d’un dernier souffle si je puis dire m’a valu pas mal de soucis tout au long de ma vie.

Cependant que je n’ai jamais pu être autant créatif qu’ainsi je dois aussi le préciser et c’est sans doute la raison principale de l’utilisation de l’urgence et de l’utilisation des « dead line » dans ma vie.

Aujourd’hui je suis en train de me demander si ce n’est pas une croyance comme une autre. Sans doute qu’il existe tout un tas d’autres méthodes aussi valables les unes que les autres et surement plus élégantes puisque j’ai ajouté cette option supplémentaire à mes valeurs du moment.

C’est difficile d’allier la hâte, l’urgence et l’élégance à moins d’avoir vraiment creusé son sujet durant des mois, des années sans même s’en être rendu compte.

Ainsi cette notion d’urgence, ce rapport au temps, à la limite qui m’aura incité à penser que je ne pouvais vraiment être créatif que dans ce contexte particulier et qui au bout du compte peut être interprété comme quelque chose de négatif pour la plupart des gens, il me semble qu’aujourd’hui je pourrais le revisiter d’une autre façon. En listant par exemple tous ses aspects positifs

Rapide, clair, efficace, et orienté vers un seul but. Voici en quelques mots la substantifique moelle de ce sale défaut.

Bon.

Et comment installer alors cette notion d’urgence positive cette fois dans cette dimension nouvelle du temps où nulle limite n’existe plus ?

Il ne suffit que d’une seule chose dans ce cas : me créer des limites.

Bon mais est ce qu’il suffit de prendre la journée et de la saucissonner de plages horaires ?

Non ça j’ai déjà essayé, à l’école, à l’université, au travail, ça ne fonctionne pas pour moi.

Je n’y arrive pas en fait parce qu’il me manque cette petite chose, cette décharge d’adrénaline si je puis dire qui va remettre toute mon existence en question si je ne touche pas au but dans un temps imparti.

Cela parait fou n’est ce pas … mais j’ai besoin de ce danger particulier pour m’aiguillonner dans un temps très limité finalement, afin de réaliser quelque chose, et souvent avec brio.

Hormis les mathématiques pour lesquelles je le crois j’aurais toujours la nostalgie d’une rencontre qui ne se produira jamais. Cette façon de faire ma propulsé souvent bien au delà de la notation moyenne de la part de mes professeurs et de mes employeurs.

L’urgence et le danger provoque en moi cet échauffement nécessaire à la création de vapeur, de fumée, signaux que le moteur de l’inspiration tourne à plein régime.

Mais je n’atteins pas l’excellence malgré tout.

Car je n’ai jamais suffisamment de temps pour laisser la place justement à cette forme ultime pour moi de l’intelligence qui lui permettrait de faire converger toutes les bribes scintillantes des milles idées qui foisonnent à ce moment précis de l’urgence.

Rapide, clair, efficace et je pourrais ajouter comme dans un texte à trous : la fulgurance de l’élégance. Afin vraiment d’obtenir cette sérénité totale d’un dernier souffle digne de ce nom.

Où donc se situe l’erreur ?

Il me faut reprendre sans doute chaque paramètre encore de cette urgence vertueuse cette fois puisque une nouvelle chance de tenter dans le dur l’expérience m’est donnée au travers de ce second confinement.

De plus le risque est grand à souhait si je peux dire quand il suffit de traverser la rue, d’aller acheter son pain désormais pour attraper la mort. Si j’étais complètement fou je pourrais même m’en réjouir. Quelle formidable opportunité d’éprouver à nouveau l’urgence de vivre, tu ne crois pas ?

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