C’est normal d’avoir des doutes

Ce matin j’ai envie de te raconter comment il m’arrive de m’effondrer régulièrement en raison du doute. Tu connais peut-être ça si tu peins, si tu écris, si tu crées quelque chose en règle générale. Tu sais il y a toujours un moment où tu regardes en arrière et là ton regard sur ton travail n’est pas du tout bienveillant. Tu commences à te poser un tas de questions.

Pourquoi je fais ça ?

Est ce que ça sert vraiment à quelque chose ?

Est ce que ça apporte quelque chose aux gens ?

Est ce que je ne suis pas en train de me tromper totalement ?

Est ce que je ne suis pas le roi des cons ?

J’imagine que la liste n’est pas exhaustive et que tu peux bien sur ajouter tout ce qui te passera par la tête en la lisant.

En fait cela revient tellement régulièrement que tu peux aussi te poser cette question:

Pourquoi est ce qu’au bout de tant d’années j’ai encore des doutes ?

Pourquoi est ce que j’ai encore ce manque de confiance dans ce que je fais même si on m’a déjà prouvé par A+B que c’était super, que ça apportait de la valeur aux gens, que c’était beau, que c’était … tout ce que tu voudras, tu connais la musique autant que moi.

J’ai envie de te dire et de me dire aussi ce matin que c’est normal et j’ajouterais « heureusement ».

Heureusement qu’on a des doutes lorsqu’on crée sinon imagine un peu comment on serait totalement imbuvable.

Ca voudrait dire que ta certitude d’être sur la bonne route est tellement puissante en toi, que tu t’y accrocherais tellement tellement que tu ne te rendrais même plus compte que tu empruntes un mauvais chemin que tu es en train de filer un « mauvais coton ».

Ce que je suis en train de te dire est en opposition avec tout ce que l’on enseigne désormais sur le fameux « mindset » , l’état d’esprit dans lequel tu DOIS rentrer- cette injonction est terrifiante quant on s’y attarde un peu., si tu veux réaliser ta « mission ».

Peu importe que tu sois artiste, entrepreneur, prof, coach … désormais tu l’observeras il n’y en a plus que pour ce « bon mindset » et cette fameuse « mission ».

Et c’est vrai qu’on peut facilement se laisser tenter par ce genre de colportage évidemment en déboursant quelques euros de préférences pour ceux qui en vantent les mérites.

J’ai testé je peux t’en parler si tu as du temps à perdre.

La vérité, la mienne évidemment c’est que toutes ces conneries ne sont que du bourrage de crâne. La plupart des ersatz de la fameuse méthode Coué.

Est ce que tu crois vraiment qu’en récitant des mantras toute la sainte journée tu vas progresser d’un iota ? Non tu vas surtout endosser le costume d’un personnage de plus qu’on va te tailler sur mesure contre monnaie sonnante et trébuchante.

J’ai testé tellement de choses que j’ai longtemps cru que j’étais un pessimiste indécrottable, en plus d’un looser récidiviste.

A chaque fois je recueillais une forme inédite d’espoir qui me propulsait durant quelques jours, quelques semaines, un mois ou deux mais rarement plus.

Et pour finir la chute était à chaque fois de plus en plus dure. Comme si la désespérance se dépêchait de se repaitre de tous les vains espoirs sur lesquels j’avais misé.

Une forme aigue de lucidité qui pousserait comme un crocus, traversant les épaisses couches de naïveté qui l’auront couvée durant un laps de temps plus ou moins long.

Et pour finir une jolie déprime carabinée avec en tâche de fond cette rumeur de défaite qui remonte évidemment du plus loin que je puisse me souvenir.

C’est zéro

Tu as encore tout foiré

Tu as le diable dans la peau

Tu es nul à chier.

Etc etc…

Quand tu laisses ton doigt sur la flamme d’une bougie la plupart des gens ont ce réflexe de le retirer.

Moi non ça ne me suffit pas d’éprouver la chaleur de la flamme, il faut absolument que j’explore le concept de feu.

J’ai aussi cru que j’étais parfaitement cinglé évidemment cela fait partie du package.

Et puis un jour je me suis assis encore une fois de plus sur les marches d’un escalier de cette ville et j’allais me mettre à pleurer en raison de cette incapacité de vivre tout bonnement. vivre comme tout le monde en me satisfaisant de ce qui satisfait la plupart des gens et quelque chose m’a arrêté net.

C’était un vieil homme qui avançait péniblement sur le trottoir d’en face avec un déambulateur. A la poignée de celui ci était accroché un sac à provision. Il devait rentrer des commissions puisque je pouvais voir des feuilles de poireaux dépasser par l’ouverture.

Je l’ai suivi du regard durant un bon moment.

Je devais avoir une quarantaine d’années et je venais de vivre encore une belle catastrophe sentimentale. J’étais revenu de Suisse où j’avais vécu durant quelques années fourré dans une histoire à dormir debout comme la plupart des histoires sentimentales de ma vie d’ailleurs.

Bref.

Je me suis vu vieux comme cet homme d’un coup, cet homme qui avec une obstination tranquille avançait à tout petit pas. L’un après l’autre et en tirant son déambulateur.

Et là je me suis dit Bon Dieu si quelqu’un ici a des raisons de se plaindre c’est bien lui, pas moi.

Et du coup durant quelques minutes je me suis senti un peu mieux. J’ai fait le point. Je me suis dit que j’étais encore jeune, j’étais en bonne santé, j’étais capable d’arpenter cette ville durant des heures d’un bon pas. Je pouvais être tout à fait heureux finalement de ne pas être encore ce petit vieux trainant un déambulateur pour se rendre à la superette du coin et en revenir.

Je me suis inventé cette histoire de compassion envers ce type que je ne connaissais pas du tout, juste en projetant des idées sur ce qu’il pouvait endurer. Un peu plus j’allais lever mon cul et lui proposer mon aide pour porter son sac tu vois un peu le genre.

Et là un chien passait et le chien s’est arrêté à la hauteur du vieux pour pisser contre un mur. Et j’ai pu observer alors avec quelle agilité incroyable le déambulateur a décollé de terre pour aller frapper le flanc de la pauvre bête. S’en est suivi un juron, un crachat et puis le vieux a continué son chemin en maugréant un peu.

C’était la fin d’une journée d’automne et j’ai compris alors une chose extrêmement importante sur moi à ce moment là c’est que j’étais doué d’une belle imagination. J’avais cette facilité à m’inventer tout un tas d’histoires toutes plus loufoques les unes que les autres. Et puis en creusant encore plus loin, en examinant mes doutes, j’ai commencé à me dire que c’était tout à fait normal d’en avoir. Heureusement.

En général les doutes permettent de clôturer les histoires qu’on ne cesse de se raconter à longueur de temps sur le monde et sur soi-même surtout.

Et vois tu l’important avec l’arrivée des doutes, ce n’est pas tant cette histoire qui s’achève grâce ou à cause d’eux le plus important, c’est le vide, la place qu’elle laisse dans l’esprit en disparaissant afin de pouvoir en faire pénétrer une nouvelle, toute neuve et avancer ainsi encore quelques jours , quelques mois, rarement plus de deux, vers on ne sait où et peu importe.

6 commentaires sur “C’est normal d’avoir des doutes

  1. Génial !

    Le diable au corps …j’ai entendu ça aussi 😈…

    Et puis mon père dit «  quand y’a un doute, y a pas de doute »

    Bref , ton article est puissant et fluide , il parle !

    Je voulais aussi te féliciter pour tes podcasts, j’ai hâte d’en écouter un peu plus .

    Aimé par 1 personne

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