Rend moi vivante

Comment répondre à une telle demande ? Comment ne pas éprouver ce vertige qui oscille de plus en plus vite entre faiblesse et puissance? A chaque murmure exhalé, à chaque regard qu’elle me lance je ne peux que resté figé dans ce « comment ». Et lui faire l’amour ne libère en rien de la question. De la torture de ce mot qui sans cesse tourne autour de nos corps comme une mouche agaçante, excitante..

Aucune action ne sera valide. Depuis le tout premier jour je le sais. Cette certitude d’une impuissance chronique qui se métamorphose sans relâche en question, en comment.

Désespérance des morts et de leurs regrets face à l’illusion.

Car une fois la chose apprise par toutes les cellules comment l’oublier désormais?

Nous sommes là étendus sous les pâles du grand ventilateur, dans le grand lit défait de nos ébats acharnés.

Rend moi vivante.

Elle ne l’a pas dit tout à fait comme cela.

Elle a d’abord dit : sois plus méchant. Et j’ai été tellement démuni. Comment mimer la férocité quand on se croit agneau ?

Par la fenêtre ouverte pas un brin de vent n’entre. Une chaleur suffocante et les cris des mouettes envahissent la chambre tout en repoussant les parois à la taille d’un univers. Notre couple univers enlacé et en sueur gisant dans l’immobile. Un instant suspendu dans l’immense solitude de chacun de nous.

Rend moi vivante.

Je l’ai léchée , têtée, mordillée, empoignée et culbutée, pétrie comme une pâte, une argile, en vain.

Elle se sentait toujours sans vie, sa certitude faisait barrage à tous mes doutes que je tentais de reformuler mille fois en promesses, en caresses, en baisers, je ne suis que doute puisqu’elle est certitude. Non pas son opposé mais sa valeur complémentaire.

En nuance de gris mais la lumière dévorait tout, crue et sauvage, éblouissante.

L’humiliation advint sans y prendre garde.

Quand le serveur nous apporta une collation et que je la vis se jeter sur les galettes encore chaudes arrosées de beurre fondu, je devins galette moi aussi sous sa dent, un avalement sans plus de toute ma substance.

Je lui souris à cet instant alors qu’en moi tout s’écroule doucement.

Peut-être que finalement dans la justesse la chose se sera passée. Une justesse tirée de l’innocence première qu’elle me fait retrouver ce faisant.

Juste par sa prière

Par la torture de cette prière où se dissimule la question

Peux tu, as tu ce pouvoir de vie en toi, celui qui me rendra vivante ?

Je n’y songe pas sur le moment. Je ne veux pas y songer. Seule l’aubaine de baiser dans cette chambre, à Karachi après des mois de solitude féroce m’aide à rester dur à rester ferme et entretenir ma vigueur.

Je ne suis qu’une brute, et sans doute cette brutalité l’aura séduite seulement comme une incarnation de réponse possible à sa question.

Rend moi vivante et tue moi tout en même temps.

C’est cela le contrat de ces quelques jours passés ensemble. Cette parenthèse ouverte qui ne cesse de se refermer encore et encore comme un battement d’aile qui s’appuie sur le vent pour s’élever vers le soleil.

2 commentaires sur “Rend moi vivante

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