Perfection, contemplation

Aujourd’hui j’ai décidé de t’emmener dans une vision inédite des choses. Il faut être probablement un peu cinglé pour y pénétrer mais étant donné que la folie semble désormais être la norme de ce monde, tu ne risqueras sans doute pas grand chose à me suivre.

Je voudrais partir du fait que tout est parfait. Que nous n’avons jamais quitté la perfection.

C’est à dire que si les choses sont, elles sont automatiquement parfaites dans leur origine, dans le surgissement de cet instant. A l’instant de la rencontre. Celle de ton regard avec celles-ci.

Ensuite, accepte le fait que cette perfection est insupportable à regarder. Un peu comme on fixe le soleil. Elle te fait cligner des yeux. Et ce faisant tu mets en place un réflexe une stratégie inconsciente afin de pouvoir t’en éloigner et de ne pas sombrer dans la contemplation, qui comme tout le monde le sait est considérée comme une attitude stérile.

Pour quelle raison lorsqu’on voit la perfection s’en éloigne t’on ? Pourquoi ne pourrions nous rester figé dans la contemplation ? Sans doute que contemplation et perfection sont en dehors du cadre de l’utile.

La contemplation prend du temps, beaucoup. En pénétrant dans celle ci une version habituelle de l’utile et de l’inutile s’évanouit pour laisser la place à l’apparent chaos, au mélange, à la confusion des polarités.

S’engager dans la contemplation n’a pas de but autre que celui de contempler la perfection.

Disparaitre en celle ci. être tout entier absorbé par celle ci.

Cette contemplation de la perfection entraîne une dépossession progressive ou immédiate selon notre caractère.

Vue de l’extérieur elle apparait souvent comme un piège qui rend caduque toute action et tout objectif vulgaires. Elle est le reflet exact de notre vulgarité en tant que distance prise avec la perfection du monde, de l’univers.

Et cette distance ce recul cet espace que nous installons entre la perfection et notre existence séculaire sert à ce que nous appelons le « vivre ensemble ».

Par le vivre ensemble nous oublions la perfection fondamentale du monde, nous nous égarons dans la dualité en oubliant la raison majeure de cette évasion. Notre fragilité, notre vulnérabilité vis à vis de ce qui est, et que nous cherchons sans relâche à interpréter.

A interpréter afin de le partager avec les autres qui souvent s’en fichent totalement, aveuglés dans leur course vers des buts illusoires.

C’est la position de tout artiste fondamentalement de pénétrer dans la contemplation, de faire retour vers l’origine pour Voir de façon majuscule.

Toute la difficulté ensuite sera la retranscription. Quel canal, quel mode utiliser afin de transmettre ce qui n’a pas vocation à être transmis puisque tous nous le possédons déjà.

Il y a trois niveaux que tout artiste digne de ce nom se doit d’explorer

Il doit voir avec l’œil

Observer avec l’esprit

Contempler avec son âme

Et c’est une fois qu’il aura franchi ces trois étapes qu’il pourra créer, débarrasser de la question et des doutes car ces choses ne lui appartiennent plus dans le silence qu’il est devenu.

C’est sans doute pour cela que je ne suis pas un artiste. Je le dis souvent et on croit que je plaisante. Mais c’est ce que je ressens profondément. Le fait d’être encore trop bruyant me le prouve à chaque instant.

Accepter la perfection et son corollaire la contemplation entraine irrémédiablement dans un silence, dans l’innommable qui rend soudain vaines toute tentative de vouloir le partager avec autrui.

Et pourtant c’est là où j’en suis, dans l’exploration de cette vanité qui chaque jour me fait écrire un texte, peindre un tableau en me débarrassant successivement de tous les buts habituels pour lesquels toute action n’est pas vaine.

Ce faisant je transmute quelque chose je le sais bien.

Le besoin d’amour se redirige vers l’intérieur

le besoin d’approbation se métamorphose en confiance en cette certitude qui parfois fait de moi un fou.

Toutes les angoisses forment la base d’un triangle dont le sommet s’élève vers une paix étrange.

Et pourtant obstinément je reste dans le bruit, je suis bruit se nourrissant et fabriquant du bruit.

Une sorte de crucifixion obligée si l’on veut mais j’aime mieux le signe +

Ce symbole qui évoque la rencontre de deux forces horizontales et verticales en un centre

Il n’y a jamais qu’un crayon à prendre pour poursuivre cette figure

l’arranger à sa guise

en cercle

en carré

en spirale.

Ou encore un vide, un silence formé par le triangle inscrit dans le cercle invisible

Méditation sur le triangle

Position du corps

Lotus.

Mais tout cela est le bruit nécessaire à faire chaque matin

pour pénétrer plus avant dans le silence de la journée.

Rien de plus et rien de moins

La perfection encore et toujours.

Hier j’ai peint ce tableau. Un vieux tableau que j’avais recouvert de gesso.

J’ai laissé aller le pinceau en le trempant dans du brou de noix et de l’encre de chine

puis en le recouvrant de jaune indien tout entier

ensuite quelques traces de parme et de violet.

Puis je l’ai mis à distance

je n’y comprenais rien

j’ai changé l’orientation et j’ai vu un cœur qui explosait

un cœur chaud dévoré par la chaleur …

Nous nous réchauffons comme nous pouvons dans cette drôle de période

sans chaudière

sans eau chaude

Mais malgré tout je ne le dis pas assez encore à mon épouse

tout est parfait ainsi absolument.

Et c’est en cela qu’on me traite de fou généralement.

Sourire.

2 commentaires sur “Perfection, contemplation

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