L’artiste en pauvre type

C’est une image qui accompagne mon cheminement. Une image obsédante. Celle du pauvre type. On m’a souvent traité ainsi et je l’ai mal pris si souvent parce que c’est difficile de comprendre une obsession. En général elle bloque la pensée. L’obsession est le chef d’état major d’une armée de préjugés qu’on ne saurait voir. Elle est l’incarnation du préjugé. Quant à l’obsession c’est sans doute cet effort de l’âme pour communiquer avec la conscience.

Il n’y a pas d’homme dans ma famille qui n’ait été à un moment où un autre qualifié par les femmes de « pauvre type ». Recours ultime de la faiblesse par lequel elle cherche à retrouver maladroitement une force.

J’ai beau chercher je ne trouve personne qui ait trouvé grâce face à ce retournement des choses. Même ce qu’on pouvait de façon parfois ridicule opposer à cette définition de pauvre type entrainait le mouvement tout entier de ce retournement dans un cul de sac.

Parce que le ridicule colle tellement au sentiment de faiblesse qu’il n’est qu’un pistolet à eau.

La brutalité est recherchée souvent inconsciemment comme explication plausible. Quelque chose de solide à partir de quoi on pourra enfin libérer le juron, la plainte et tout l’amour qu’enferme notre haine.

Sadomasochisme des relations amoureuses, des relations homme femme.

Pauvre type

Pétasse.

Il ne fait pas bien bon qu’un tiers sans mêle jamais.

On ne se risque pas à décoller les chiens qui copulent sans se faire mordre.

C’est la nature comme on dit pour se laver les mains en bon Pilate que nous sommes.

Comment alors l’artiste échapperait il à la règle ?

Pauvre type ultime à ce moment là, dont la pauvreté se détacherait du lot commun dans la nécessité que l’œuvre impose.

Toute l’histoire de la peinture n’est peut-être que ça. Le récit d’une pauvreté vers laquelle les artistes hommes et femmes s’élancent afin de se détacher d’une autre, commune, brutale.

Pour restituer au travers de cette pauvreté transmutée une dignité au monde.

Il y a quelque chose de christique évidemment dans ce mouvement des choses.

L’artiste en martyr. Et comme on le sait de mieux en mieux le martyr et l’intégrisme sont encore les deux bras d’un pouvoir obscur. D’une manipulation, d’un calcul.

Dans l’appellation de pauvreté quelque chose cloche toujours.

Ce reflet d’une peur , celle d’être dépourvu de matière notamment.

Encore une fois la peur du manque ou de la mort comme perte.

Alors qu’en fin de compte la pauvreté n’est rien d’autre qu’un retour.

L’artiste, ce pauvre type qu’est l’artiste, celui que j’ai tant de mal à être encore désormais

C’est celui qui emporte le monde entier dans ce retour par l’intermédiaire de son art.

Cependant qu’il se doit encore de s’abstraire plus loin, de n’en tirer que du rien, qu’une absence et ainsi s’effacer devant l’idée de l’art comme un maçon se retire après avoir construit une cathédrale, un immeuble ou même un simple muret..

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