Pudeur et pouvoir

Et tout à coup je me suis mis à penser à mon impudeur désormais à dire. Tu ne sais pas ce que cela m’aura couté et peu importe ici. Cette honte toujours en tâche de fond. La honte d’être soi tout simplement je la dois à cette éducation cartésienne et catholique bien sur. Cette honte produite par une incompréhension des mots. Pire, par une volonté entretenue par tout un système pour ne pas aller à la source vive des mots.

L’invention de la pudeur pour masquer les ravages de l’ignorance en matière de pouvoir.

L’invention de la pudeur pour entretenir cette ignorance.

Longtemps j’ai cru que la pudeur était une forme de politesse et de respect d’autrui. Pour ne pas déranger il fallait cette pudeur. Puis la politesse m’est apparue suspecte un jour où je l’ai vue nue. Elle était belle et froide, dépourvue de cœur et surtout drapée d’impuissance. Elle n’était que pouvoir. Rapport de force. Calcul. Bourgeoise.

Elle était aussi hameçon destiné à m’écorcher les lèvres et l’âme. Et, bien sur j’ai mordu à cet hameçon, pas une seule fois mais plusieurs. Je ne trouvais pas la raison du mal voilà tout.

Pour m’extraire de la pudeur, de la politesse, de ce carcan, du pouvoir, en faire table rase j’ai cherché des complicités dans la faiblesse. Dans l’ennui provoqué par cet espace entre puissance et pouvoir. Cette jachère inexplorée car peu séduisante à priori.

Les femmes naturellement m’ont énormément apporté afin d’explorer cette béance.

L’impudeur que propose l’intimité comme manifestation de cette puissance que nous cherchions à recouvrer elles et moi.

Beaucoup d’errances encore dans ce que je leur attribuais évidemment. Notamment cette idée que la plupart se tenaient là l’oreille collée à cette paroi. Que nous étions à l’affut du moindre signe provenant de l’autre coté manifestant la présence de cette puissance.

En fait rares étaient les curieuses.

La paroi pour la plupart était la limite à ne pas franchir car c’était là que s’arrêtait tous les jeux. A partir de là les choses devenaient on ne peut plus sérieuses.

Salaud ! pervers !

Pouffiasse connasse !

Des échanges houleux surgissaient à la rencontre du mur qui se transformait en mur des lamentations le plus souvent.

Nous ne savions rien.

Et chacun se retranchait sur ses positions. C’était Verdun ni plus ni moins. Avec ça et là quelques escarmouches encore afin de laisser trace. Quoi de mieux que de rehausser la pudeur à la dignité d’un monument aux morts.

Car l’impudeur traversée mille fois ne garantit pas d’être sauvé de la pudeur. Ni pour elles ni pour moi d’ailleurs.

Caresse toi devant moi.

Faisons le ensemble

voyeurs impuissants à cheminer plus avant que l’œil.

Un voyeurisme éclipsant la luminosité, le troublant et ne parvenant plus à s’extraire du flou.

Une impudeur menant régulièrement au flou, au chaos et à la confusion. Le scandale tournant à vide.

Pour cela l’impératif de traverser le brutal. De le retraverser dirais je plutôt. De se rendre à rebours. En finir avec le pouvoir pour retrouver l’océan.

L’impudeur pour rejoindre l’amour.

Non pas cette possession mutuelle que la pudeur appelle amour.

L’amour sans rien

L’amour vide

L’amour dans son ultime pauvreté

L’amour de l’autre qui ramène à soi cet échange d’énergie féconde qui ne cesse pas.

Et qu’interdit la pudeur.

En tant qu’elle se veut mystère qu’elle s’impose en tant que mystère manipulé par le pouvoir.

Séduction de la pudeur comme du mystère mettant à l’écart la trivialité

Comme le bourgeois met l’ouvrier à l’écart.

On ne chie pas où on mange mon brave !

C’est pour cela qu’on a crée la pute n’est ce, pas pour monétiser sa honte afin de s’en défaire à loisir comme ça te chante. La pute et le gigolo, parité oblige mes seigneurs et gentes dames.

Et puis un jour on ouvre les yeux et on regarde cette pudeur comme l’impudeur la plus scandaleuse de tous les temps.

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