La déception

Peut-on échapper à l’espoir, à la déception ? Les deux sont toujours liés n’est ce pas. Et encore une fois cette question ne peut se résoudre que seul, en soi-même.

De quoi est constitué mon espoir qui, à un moment donné se transforme en déception. Qu’est ce qui me fait passer de l’enthousiasme au chagrin ?

Il me semble que les deux mots n’existent que si nous acceptons l’idée d’un « extérieur » d’un « Dehors » et d’un « Dedans ». Les deux tel un gant toujours prêt à se retourner.

Je m’appuie sur quelque chose que j’imagine provenir de l’extérieur. Une chose qui sans doute n’appartient qu’à moi et que je ne peux voir que projetée sur un mur. un film projeté sur grand écran comme dans un cinéma. Au début tout est beau et rose et ne sert qu’à m’ enthousiasmer , à me faire toucher du cœur l’infini. Et soudain exactement comme dans les films un événement déclencheur surgit, quelque chose déraille et l’enthousiasme se transforme en déception.

Arrête ton cinéma disait ma mère, en accompagnant généralement l’impératif par la tentative d’ancrage d’une torgniole.

Peut-être que c’est pour ne pas accepter cet ancrage, pour ne pas m’y retrouver emprisonné pour toujours, reniflant le piège, que je me suis tant acharné à m’inventer toutes ces histoires oscillant entre enthousiasme et déception comme s’il d’agissait de mes deux protagonistes préférés. Les seuls sans doute durant de nombreux films.

Enfant j’éprouvais cela avec les fillettes sur lesquelles je jetais mon dévolu. Je m’inventais des histoires d’amour à l’eau de rose en les apercevant de loin. J’espérais à partir d’un regard, d’un sourire comme si l’espoir était le moteur de ma créativité amoureuse.

En amitié c’était la même chose j’espérais que l’autre pense autant à moi que je pensais à lui. Je déployais des trésors d’attention, précédant tous les désirs que j’imaginais chez mes amis comme s’il s’agissait de mes propres désirs.

Evidemment toute ces projections, toutes ces inventions ne pouvaient mener nulle part ailleurs que vers une profonde déception.

A ces moments là toute la solitude du monde je la prenais sur mes épaules et je me renfrognais, devenais colérique soudain pour un oui, pour un non. J’ignorais encore le pardon. Je m’en voulais terriblement d’être aussi bête.

C’est comme si je me scindais en deux parties distinctes. Le gentil et le méchant.

L’aspect manichéen des séries de mon époque et le catéchisme devait participer énormément à cette dichotomie de ma personnalité.

Je m’étais inventé un monde stéréotypé à souhait. Les bons et les méchants et par ricochet Je m’apercevais avec effroi qu’en moi les deux s’affrontaient tout autant.

L’immense difficulté de choisir un camps équivalait à cette question perpétuelle que je me posais sur le chemin de l’école.

Si l’un des deux devait mourir, lequel ?

Mon père ou ma mère ?

Ce glissement je ne m’en apercevais pas bien sur.

Peut-être qu’une grande partie de la nostalgie de l’enfance n’est due qu’à cette vision manichéenne des choses.

C’est confortable.

Ensuite ça se complique, la confusion commence avec les scrupules.

Avec le peut-être, avec les doutes.

Les certitudes enfantines pourtant fabriquaient quelque chose qui paraissait tellement vrai

Quelque chose en prise direct avec ce que racontent les contes et les légendes.

La certitude que le bien et le mal existent réellement.

Qu’on n’ a pas à tergiverser durant des heures, des jours pour s’en rappeler pour le saisir d’emblée.

Cet enthousiasme et la déception qui généralement en découle n’évoquent que cette lutte entre bien et mal.

En soi évidemment.

Le jour où j’ai commencé à douter de l’existence du bien et du mal fut le commencement de ma perte. Ce fut à ce prix que je réussis plus ou moins adroitement à m’extirper de ce couple que représente l’enthousiasme et la déception.

Je ne sais plus comment je suis parvenu à couper seul le cordon ombilical. Tout ce dont je me rappelle c’est de cette solitude immense dans laquelle je me suis soudain retrouvé.

Sans l’enthousiasme ni la déception comme un orphelin.

Ensuite il se pourrait que je n’eusse passé mon temps comme un joueur dans un tripot à m’inventer par jeu de nombreuses histoires, des contes à dormir debout, des légendes à l’eau de rose pour recréer cette famille dont je m’étais coupé comme par inadvertance, par imprudence.

Parce que tout simplement j’éprouvais du regret ou des remords. Parce que le regret et le remord sont encore des liens filiaux. Des liens de loyauté.

Quel espoir avaient ils projeté sur moi qu’il me fallait à tout prix anéantir ? Et dont je me serais donné pour but d’anéantir ? A quoi peut servir la culpabilité provoqué par toute ces découvertes ? La déception que celle ci provoque ? A quel espoir, quel enthousiasme est t’elle liée encore ?

En deux temps la disparition de ma mère puis de mon père me redonna de l’espoir. L’espoir de pouvoir enfin parvenir à me débarrasser du poids terrible que je ne cessais de porter sur les épaules.

J’espérais en une libération, une amnistie totale.

Et peut-être que dans une certaine mesure ce fut vrai. Que j’étais enfin parvenu à me libérer totalement de l’espoir comme de la déception où plus précisément de l’interprétation que je m’en faisais.

Encore une fois sans doute le dictionnaire, les mots m’auront aidé à trouver un chemin.

Repartir de zéro c’est peut être aussi l’espoir de retrouver l’espoir et le chagrin, ce couple parental transmuté démasqué au sein même de toute cette époque qui ne jure plus que par la mascarade.

Retrouver quelque chose d’humain, comme tout le monde comme le rire et les larmes aussi tout simplement.

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