« Mais fais donc un peu attention ».

Combien de fois ai je entendu cette phrase dans mon enfance ? J’aurais pu la confondre avec mon prénom. Elle me qualifiait aux yeux des adultes. J’étais cet étourdi chronique, je le suis encore d’ailleurs à certains moments, généralement lorsqu’il m’arrive de m’ennuyer.

Sans être lacanien, en prononçant à haute voix cette phrase je retrouve cette partie enfantine, cette partie primordiale de ma cervelle, là où naissent les images et les jeux de mots, l’aspect ludique des sons de ce langage.

Cette partie semble toujours vivante et l’accumulation des connaissances ultérieures, des couches des strates de sens que l’on peut lui ajouter ne la dissipe pas, au contraire elle semble s’en nourrir, s’enrichir de tous les nouveaux jouets qu’ainsi elle se procure.

Ainsi « mais fait » devient « méfait » et me transforme en coupable ayant commis une faute voir un crime des le seuil de la phrase.

« Donc » devient « d’oncques » qui en vieux français signifie « jamais, à aucun moment » en renforçant l’idée de négation.

On croit que le loup la mangea car on ne la revit oncques plus (A. France,Barbe-Bleue,1909, p.23):

Et donc au bout du compte il se peut que cette partie puérile de moi-même n’ai retenu que cela :

Méfait jamais à aucun moment un peu attention.

Ce qui provoqua sans doute mon inattention obstinée à bon nombre de choses soit disant importantes dans ma vie. Puis il s’agissait d’une sorte de commandement à l’envers.

Ceci pour ce niveau basique et sonore qui entraine la compréhension du monde par le son.

Ensuite l’attention étant écartée de l’essentiel, mais étant doté naturellement de cette faculté comme tout à chacun malgré tout je la reportais sur les détails insignifiants.

L’insignifiant devenant le creuset dans lequel mon attention se porta sur les choses les plus dérisoires possibles afin de les ouvrir et d’en extraire la lumière. Je fis des découvertes fameuses que je compris assez rapidement qu’il fallait tenir secrètes.

On me traitait déjà d’étourdi, il aurait fait beau que je fusse en plus timbré totalement.

Et puis un jour je portais mon attention sur l’attention elle même.

Finalement que voulait donc dire cette phrase, cette injonction ?

ça ne voulait absolument rien dire ainsi je le découvris rapidement.

A quoi peut servir l’attention d’une façon générale si elle n’a rien pour s’attacher ?

Demander à quelqu’un de « faire attention » ne répond pas à la question à quoi ? à qui? pourquoi ?et comment? faire attention.

On sent qu’il y a cette action à effectuer… d’ailleurs est ce une action vraiment ?

Avec le temps je dirais plus qu’il s’agit d’un état de conscience particulier. On déclenche l’état d’attention dans l’instant présent surtout.

Ici et maintenant et là seulement je peux faire attention.

J’évite de m’égarer dans le passé ou dans l’avenir, je reste là c’est tout.

Ceci pour l’état propice à l’attention qui est celui d’observer tout ce qui se passe au dehors de soi et en dedans de soi.

Ici et maintenant je suis attention.

Ensuite on peut raffiner l’attention comme s’il s’agissait d’un fluide brut, en fabriquer une essence.

Je porte mon attention ici et maintenant sur ma toile sur ma façon de tirer un trait, de mélanger mes couleurs, sur ce qui se passe en moi-même pendant que je suis en train de le faire.

Voilà une façon utile et agréable d’utiliser l’attention.

On devrait apprendre cela dès la maternelle dans ces activités qu’on appelle d’éveil.

Surtout aux parents d’ailleurs. Des classes spéciales d’éveil pour parents afin de les éduquer à ne pas dire trop de conneries à leurs enfants sans faire attention justement.

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