La machine à excuses.

Face à l’idée qui surgit et que tu désires réaliser une suite de phénomènes étranges que l’on appelle « excuses » commence à naitre et à s’interposer entre cette idée et ton envie de la concrétiser.

Nous le savons il existe en chacun de nous une formidable machine à produire des excuses en toute circonstance.

Nous le comprenons intellectuellement assez facilement.

Mais cette compréhension ne suffit pas pour nous permettre d’agir.

La raison principale de cette paralysie provient d’une mémoire ancestrale qui remonte probablement à l’âge des cavernes et où nous étions contraints par la nécessité de maintenir une cohésion de groupe.

A cette époque le membre qui se retrouvait rejeté de la tribu pour une raison ou pour une autre était voué à une mort certaine. Cette peur fut sans doute l’un des piliers principaux de toute idée de société.

Elle est si ancienne qu’elle est devenue inconsciente, instinctive. On cherche des raisons à cette peur par le raisonnement souvent en vain. La raison se heurte à cette cloison qu’elle a elle même crée vis à vis de notre mémoire, de notre inconscient.

On « sent » que quelque chose de terrible peut surgir à tout instant entre l’idée et la réalisation de cette idée. Une chose qu’on ne prend pas le temps de concevoir de façon rationnelle. Concevoir c’est déjà agir évidemment et la peur encore est cet obstacle.

C’est le ressort de nombreux films d’horreur d’évoquer cette peur sans qu’on ne voit ce qui pourrait le plus l’incarner. Par exemple on ne voit pas le requin dans le film de Spielberg  » Les dents de la mer » on ne fait que l’imaginer. On ne prend pas le temps de penser à sa taille, si immense puisse t’elle être, elle a malgré tout une limite, on pourrait la mesurer et ce simple fait, concret donnerait alors un contour plus net au « pire ».

La peur d’entreprendre quoi que ce soit de personnel est liée à la fois à ce monstre imaginaire qui peut nous « tomber dessus à tout instant » d’autant que l’on éprouve instinctivement ce danger d’être rejeté par la tribu.

Le fait de vivre au XXI ème siècle dans nos sociétés modernes ne nous dispense pas d’éprouver cette peur aussitôt que nous aimerions trouver notre autonomie, notre indépendance dans n’importe quel domaine que ce soit.

Pour éviter d’avoir à affronter cette peur notre cerveau est devenu « une machine à excuses ».

Est ce une bonne ou une mauvaise chose ? je ne le sais pas. J’ai envie de dire que c’est un fait tout simplement.

Tentons une expérience :

Tentons de clarifier

A la façon d’un détective

la machine à excuses existe.

Elle est à la fois pratique, accessible à chaque instant où une idée surgit pour ne pas la réaliser.

Quelle pensée cela déclenche t’il en toi ?

Je suis bloqué par quelque chose d’invisible et parce que c’est invisible j’invente tout un tas d’excuses pour rester dans une situation qui ne me fait pas quitter le monde, les gens que je connais. Cette machine à excuses me permet de rester au sein du groupe, m’empêche de m’égarer en même temps qu’elle me prive de quelque chose d’important : la curiosité, l’exploration de ce qui peut y avoir au delà du cercle de ma tribu.

Il peut y avoir autant de bénéfices perçus que de pertes finalement.

Pour le savoir il faut prendre « un risque ».

Ce qui nous empêche d’agir est une peur instinctive d’être rejeté par la tribu pour finir dévoré par un prédateur invisible.

Pensée possible : Et si je prenais le risque de mettre un pied dehors malgré tout cela ?

Cette notion de risque est un concept qui intéresse les philosophes et les mathématiciens au XVIIème siècle. On pourrait imaginer que c’est une sorte de préambule au siècle des Lumières. Par l’analyse de cette notion de risque on tient sans doute un espoir de sortir de l’obscurantisme. Je veux dire de la peur pure et dure.

La première publication concernant une « théorie du risque » est rédigée en 1657 par Christian Huygens. Dans De ratiociniis in alea ludo (De la logique du jeu de dé) à la suite des discussions qu’il a eues avec Pascal sur le sujet.

On se souviendra aussi du fameux « pari » de Pascal qui porte aussi sur la notion de risque que peut entrainer le fait d’avoir ou pas la foi- entends par là, avoir la trouille ou pas – C’est à dire en fait de la teneur d’un discours qui oriente bon nombre d’arguments pour l’amenuiser à la condition de s’accrocher malgré tout à cette foi. Sous entendu il est question déjà de bénéfice à en retirer.

Un siècle plus tard en 1738 le mathématicien et statisticien Daniel Bernoulli fait paraître une étude sur le risque en matière économique dans Specimen theoriae novae de mensura sortis.

Cet article est une réponse au paradoxe de Saint-Pétersbourg exposé par Gabriel Cramer dans un courrier privé à Nicolas Bernoulli

Qu’est ce que le paradoxe de Saint-Pétersbourg en quelques mots ?

 » Pourquoi, alors que l’espérance mathématique de gain à un jeu est infinie, les joueurs refusent-ils de jouer tout leur argent ? »

N’étant pas mathématicien je ne rentrerai bien sur pas dans le détail mathématique de ce paradoxe qui évoque à l’aide de la statistique et de la probabilité une préoccupation qui deviendra par la suite l’essence de notre société.

Des rêves révolutionnaires qui naitront par la suite et se porteront sur le fameux « partage des richesses » la bourgeoisie désormais aux commandes les tempéreront par ce que nous nommons désormais « la gestion des risques ».

Ainsi pour passer de l’obscurantisme à la lumière de la raison il n’aura fallu qu’un seul mot pour prévenir le danger, l’effroi, la panique. Se pencher sur le risque.

En étudiant le risque, en le rendant prédictible peu à peu on assiste à la fois à des prodiges de la pensée comme à tout le contraire lorsqu’elle s’étrique.

Ainsi la notion de crédit n’est-t ‘elle basée que sur le risque de profiter beaucoup ou pas assez voir pas du tout du gogo qui s’y fera prendre. Ne pas analyser le risque conduit irrémédiablement au danger et à la ruine.

La fameuse machine à excuses qui nous permettait à l’origine de pouvoir vivre au sein du groupe, est devenu un argument de refus de tous les organismes financiers dignes de ce nom.

Cette machine à excuses qui servait à conserver la cohésion d’un groupe pour qu’aucun de ses membres ne s’égare, fabrique de la misère et de la pauvreté, de l’exclusion à la pelle.

Mais ce n’est bien sur que mon avis et qui suis je finalement ? Quelle crédibilité aurais je pour que l’on porte la moindre importance à mon propos. Il y a aussi un risque que je dise pas mal de bêtises et qu’ainsi on ne m’expédie tôt ou tard en dehors du cercle des auteurs dignes de ce nom.

Je n’ai au bout du compte aucune excuse à formuler véritablement pour ne pas publier ce texte.

Le seul risque que j’encoure désormais c’est qu’il ne soit pas lu. La belle affaire …

Cependant j’y aurais au moins gagné une chose: découvrir les rouages de cette fameuse machine à excuses qui se loge dans ma caboche comme dans la tienne. Et à partir de là commencer patiemment comme un horloger à en démonter le mécanisme pour regarder un peu plus attentivement l’articulation de ses rouages.

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