La démonstration de peinture

J’allume la caméra et je reste devant la toile blanche immobile quelques minutes. Impossible de faire quoi que ce soit. Des images parasites s’interposent entre la surface blanche et l’envie de démontrer. Démontrer devient soudain à cet instant une énigme.

Je peux tenter d’amoindrir le mot. Juste montrer. Montrer comment je fais.

Mais d’autres images encore me submergent.

Je suis dans une arène, je vois le matador et le grand taureau noir. Je ne sais pas si je suis ce toréador ou la bête. Je sais juste qu’ainsi les choses vont surement devenir sanglantes, obscènes et qu’au premier coup de pinceau je pénètrerais dans l’insoutenable.

La clameur de la foule, leurs trognes déformées par le grotesque. Jérôme Bosh et Bruegel m’encouragent, assis dans les gradins eux aussi.

Le ridicule et l’insoutenable condondus.

Je retiens ma respiration et ma main.

ça va se calmer.

ça se calme déjà.

Et soudain me revient cette fresque du palais de Cnossos, une peinture que j’avais admirée il y a quelques années en Crète, une image joyeuse et colorée de personnages sautant avec élégance par dessus un taureau gigantesque.

J’éteins la caméra et je m’assois.

Pourquoi démontrer ou montrer quoi que ce soit ?

Et cette question me tiendra compagnie une bonne partie de ma journée.

Comment atteindre à l’élégance de ces personnages, et au respect de l’énormité que représente le taureau en tant qu’Energie sans glisser dans le ridicule de toutes les corridas actuelles qui s’exhibent sur les réseaux sociaux via les démonstrations de peinture ?

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